LIVRE QUATRIEME
cette partie de l'Amérique. Pendant tout ce temps leurs yeux avaient été tournés vers Panama, d’où ils espéraient que leurs compatriotes leur enverraient quelques secours. Mais, lassés enfin d’une attente inutile et excédés de souffrances auxquelles ils ne voyaient plus de terme, ils venaient de prendre la résolution de s’abandonner sur l'Océan avec un radeau, plutôt que de rester plus longtemps dans cet horrible séjour. A l’arrivée du vaisseau de Panama les transports de leur joie furent si vifs qu'ils oublièrent tout ce qu'ils avaient souffert. Leurs espérances se ranimèrent, el par un changement rapide, assez naturel à des hommes accoutumés par leur genre de vie aux vicissitudes les plus soudaines de la fortune, ils passèrent de l'excès de l'abattement à l'excès de la confiance. Pizarre les détermina aisément à reprendre leur premier projet avec une nouvelle ardeur. Au lieu de retourner à Panama, ils portèrent au sud-est, et plus heureux que dans leurs tentatives précédentes, le vingtième jour après leur départ de l’île de la Gorgonne, ils découvrirent la côte du Pérou. Après avoir touché à différents endroits peu considérables, ils prirent terre à Tumbès, ville assez grande, située au delà du troisième degré au sud de l’équateur, et où se trouvaient un grand temple et un palais des Incas, souverains du pays. Là les Espagnols eurent pour la première fois le spectacle de l’opulence et de la civilisation de l'empire péruvien. Ils virent une contrée bien peuplée et cultivée avec quelque industrie, et les naturels décemment vêtus et ayant sur les autres habitants du Nouveau -Monde l'avantage de connaitre l'usage des animaux domestiques. Mais ce qui attira plus vivement leur attention fut une quantité d'or et d'argent si grande que ces métaux étaient employés non-seulement
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à la parure de ces peuples et à l’ornement de leurs temples, mais encore à faire des vases et des ustensiles communs, ce qui ne laissait plus douter qu’il n’y en eût une prodigieuse abondance dans le pays. Pizarre et ses compagnons crurent dès lors qu'ils allaient voir leurs espérances réalisées et se trouver en possession de vastes domaines et de trésors inépuisables.
” Cependant avec le peu de monde qu’il avait sous ses ordres. Pizarre ne pouvait faire que reconnaitre le riche pays dont il espérait devenir bientôt le maître. Il suivit quelque temps la côte et communiqua paisiblement avec les naturels , aussi surpris à la vue de ces étrangers que les Espagnols eux-mêmes l'étaient des marques d'opulence et de civilisation qu'ils apercevaient partout. Pizarre reconnut le pays autant qu’il était nécessaire pour con stater importance de sa découverte. Il obtint des habitants quelques lamas, espèce d'animal domestique, quelques vases d'or et d'argent, de petits ouvrages de leur industrie, et deux jeunes gens à qui il se proposait d’en+ seigner la langue espagnole pour en faire ses interprètes dans l'expédition qu’il méditait. Il arriva à Panama vers Ja fin de la troisième année qui s'était écoulée depuis qu'il en était parti. Aucun aventurier de ce siècle n’a éprouvé autant de malheurs et n'a été exposé à de si grands dangers que Pizarre durant ces trois années. La patience avec laquelle il supporta les uns et le courage qu'il montra contre les autres surpassent tout ce que l’histoire du Nouveau-Monde nous présente dans le même genre, quoiqu'on y trouve ces vertus poussées jusqu'à l'héroïsme.
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