‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les Espagnols [microforme]Chapitre 160 sur 191 · LIVRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIEME

pel de ses troupes dans un temps où elles lui étaient nécessaires pour former un établissement, ne purent engager le gouverneur de Panama à s’écarter de son premier plan. Il soutint toujours que la colonie, n’était pas en état d’envahir un si puissant empire, et refusa d'autoriser une expédition qui pouvait ruiner la province confiée à ses soins en lui faisant faire des efforts au dela de ees moyens. Mais toute sa froideur ne put ralentir l’ardeur des trois associés. Ils virent seulement qu'il leur fallait poursuivre l'exécution de leur projet sans le secours du gouverneur ou solliciter auprès de leur souverain la permission qu'ils ne pouvaient obtenir de l'administrateur de la province. Dans cette vue, Pizarre partit pour l'Espagne chargé de leurs intérêts communs. La fortune de tous les trois était tellement épuisée par les dépenses qu'ils avaient déjà faites, qu’ils eurent beaucoup de peine à se procurer par un emprunt la petite somme nécessaire pour les frais de ce voyage.

Pizarre ne perdit point de temps. Quelque nouveau que fût pour lui le théâtre sur lequel il se produisait, il parut devant l'empereur sans embarras et avec la dignité d'un homme qui se rend à lui-même témoignage des services qu’il a rendus. Il conduisit sa négociation avec une adresse insinuante, qu’on ne devait attendre ni de son éducation ni du genre de vie qu'il avait mené jus: qu'alors. Les récits touchants de ses souffrances et les descriptions pompeuses des pays qu’il a découverts, confirmées par les échantillons de leurs productions qu'il apportait, firent une telle impression sur Charles et sut ses ministres, que non-seulement ils appronvèrent le projet d'une nouvelle expédition, mais qu'ils parurent encore s'intéresser aux succès du chef. Pizarre abusant

de ces dispositions favorables négligea beaucoup l'intérêt de ses associés, surtout ceux d’Almagro. Quant à luimême, il se fit accorder tous les titres et toute l'autorité que son ambition pouvait désirer. Il fut fait gouverneur et capitaine général de toute la contrée qu’il avait découverte et de celles qu’il espérait encore découvrir, avec une autorité absolue, tant pour le militaire que pour le civil, ainsi que tous les priviléges jusqu'alors accordés aux conquérants du Nouveau-Monde. Sa juridiction, indépendante du gouverneur de Panama, devait s'étendre dans l’espace de deux cents lieues le long de la côte, au sud de la rivière de San-Iago; et il avait le pouvoir de nommer tous les officiers qui devaient servir sous lui. Pour ces concessions, qui ne coûtaient rien à la cour d'Espagne, puisque c'était à Pizarre lui-même à s’en mettre en possession par la conquête , le nouveau gouverneur s’engageait à lever deux cent cinquante hommes et à se pourvoir de vaisseaux , d'armes et de munitions pour soumettre à la couronne de Castille le pays dont on lui donnait le gouvernement.

Quelque peu considérable que fût le corps que Pizarre s'était obligé de lever, il avait si peu de fonds et si peu de crédit qu’il put à peine engager la moitié du nombre de soldats qu’il voulait avoir ; de sorte qu'après avoir obtenu ses patentes, il fut obligé de se dérober du port de Séville pour éviter la visite des officiers chargés d’examiner s’il avait rempli ses engagements. Cependant avant son départ il reçut quelques secours d'argent de Fernand Cortès, qui, étant retourné vers ce temps-là en Espagne, voulut contribuer aux succès d’un ancien compagnon qui entrait dans une carrière de gloire semblable à celle que lui-même venait de fournir.

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