LIVRE QUATRIÈME
Il débarqua à Nombre de Dios et traversa l’isthme de Panama, accompagné de ses trois frères Ferdinand, Juan et Gonzalès. Ils étaient tous les trois à la fleur de l’âge, et leur courage et leurs talents les rendaient propres à le seconder dans tout ce qu’il pourrait entreprendre de difficile et de grand.
À son arrivée à Panama, Pizarre trouva Almagro indigné de la manière dont il avait conduit la négociation à la cour d'Espagne. Mais Pizarre avait trop de prudence et d'adresse pour ne pas prévenir une rupture qui pouvait être si fatale à ses projets ; il offrit de lui-même de donner à Almagro la charge de capitaine général et de joindre ses sollicitations aux siennes pour obtenir de l’empereur ce titre et un gouvernement indépendant. Il adoucit par degrés cette 4me ouverte et franche, capable d'un ressentiment violent. mais non pas implacable. On se réconcilia et la confédération se renouvela aux anciennes conditions, que l’entreprise serait conduite aux frais communs des trois associés et que les profits seraient partagés entre eux également.
En réunissant ainsi leurs talents et leurs efforts, ils ne purent rassembler que trois petits vaisseaux et cent quatre-vingts soldats, dont trente-six cavaliers. Mais les victoires des Espagnols en Amérique leur avaient donné une telle idée de leur supériorité que Pizarre, avec cette petite troupe, n’hésita pas d'entreprendre la conquête d’un grand empire. Almagro demeura encore à Panama pour y rassembler un renfort qu’il se chargeait de conduire. La saison propre à l’embarquement et la navigation de Panama au Pérou étant mieux connues, Pizarre fit le voyage en treize jours, quoiqu'il eût été emporté par la force des vents et des courants à cent lieues au
nord de Tumbès et obligé de débarquer ses troupes dans la baie de Saint-Matthieu. Il ne perdit point de temps et revint au sud sans s’écarter du rivage, tant pour pouvoir étre joint plus aisément par le renfort qu’il attendait de Panama que pour s’assurer une retraite sur ses vaisseaux en cas d’accident. Il eut cependant beaucoup à souffrir dans cette route. La côte du Pérou est en différents endroits stérile, malsaine et peu habitée. Les Espagtiols avaient à passer les rivières près de leur embouchire où leur largeur rend le passage plus difficile. Pizatré, au lieu de gagner la confiance des habitants, les avait imprudemment attaqués et forcés d'abandonner leurs habitations. La famine, l'excès de la fatigue et des maladies de différents genres réduisirent les Espagnols à des extrémités presque aussi cruellés que celles qu'ils avaient souffertes dans la première expédition. Ce qu'ils éprouvaient répondait si peu aux descriptions séduisantes que Pizarre leur avait faites du pays où il les conduisait, que plusieurs de ses compagnons commencèrént à lui faire des reproches et que ses soldats auraicht perdu toute confiäncé en lui, si même dans cetté partie stérile du Pérou ils n’eussent trouvé quelqués apparences de richesse et de culture qui semblaient justifier les rapports de leur chef. Enfin ils arrivèrent dans la provincé de Coaque, et, ayant surpris les habitants dé la ville principale, ils y trouvérent des vases et des ornements d’or et d’argent évalués à plus de trente mille pesos, et d’autres richesses qui dissipèrent leurs doutés ét rendirent aux plus mécontents et leur courage et leurs premières espérances.
Pizarre lui-même fut si transporté de ces riches dépouilles, qu'il considérait comme les premiers fruits
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