LIVRE QUATRIÈME
forêts dont leur pays était couvert, plus semblables à des animaux sauvages qu'à des hommes. Après avoir lutté pendant plusieurs siècles contre les maux inséparables de cette barbarie , et lorsque rien ne semblait annoncer pour eux les approches de la civilisation, un homme et une femme d'une figure majestueuse , et décemment vêtus, apparurent, disent.Jes Péruviens, à leurs ancêtres sur les bords du lac Titiaca. Ces deux personnages s’annoncèrent comme enfants du soleil. Cette divinité bienfaisante avait, dirent-ils, regäfdé d’un œil de compassion les maux de la race humaine , et les envoyait pour l’instruire et la réformer. Leurs exhortations, fortifiées par le respect qu’inspirait la divinité au nom de laquelle ils parlaient , déterminérent plusieurs de Ces sauvages errants à se réunir : ils reçurent comme des ordres du ciel les instructions de ces deux êtres extraordinaires et les suivirent à Cusco, où ils s’établirent et jetèrent les fondements d’une ville.
Manco Capac et Mama Ocollo (tels étaient les noms de ces prétendus enfants du soleil ), ayant ainsi rassemblé plusieurs tribus errantes , établirent parmi les Péruviens cette union sociale qui, en multipliant les objets de désirs et en combinant les efforts de l’espèce humaine, excite l'industrie et amène le progrès de tous les genres. Manco Capac instruisit les hommes dans l'agriculture ct dans les autres arts utiles. Mama Ocollo enseigna aux femmes l’art de filer et celui de faire des tissus. Par le travail d’un sexe , la subsistance devint moins précaire ; celui de l’autre rendit la vie plus douce. Après avoir pourvu aux objets de première nécessité pour une société naissante, c'est-à-dire à la nourriture, au vêtement ct à l'habitation du peuple grossier qu'il avait pris sous sa
conduite, Manco Capac s’occupa de rendre leur félicité durable en leur donnant une police et des lois. Ses instructions fixèrent les différents rapports des hommes entre eux, et prescrivirent les devoirs qui en résultaient. Par là un peuple barbare et grossier acquit des mœurs et prit des idées de décence. Les fonctions des personnes chargées de quelque administration et revêtues de quelque autorité furent réglées avec tant de précision, et la subordination fut si bien établie, qu'il se forma bientôt un état politique régulier et bien gouverné.
C'est ainsi, selon la tradition des Péruviens, que fut fondé l'empire des Zncas ou Seigneurs du Pérou. Peu considérable à son origine, il ne s’étendait pas au dela de huif'lieues de Cusco. Mais, dans ces bornes étroites, Manco Capac exerca une autorité absolue. Ses successeurs, à mesure que leur domination s’étendit, s’arrogèrent les mêmes droits. Leur despotisme était aussi absolu que celui des souverains de l’Asie. Les Incas étaient respectés non -seulement comme des monarques, mais comme des divinités. Leur sang était regardé comme sacré et ne fut jamais souillé par aucun mélange , tout mariage étant défendu entre le peuple et la race des Incas. Leur famille, demeurant ainsi séparée du reste de la nation, en était distinguée par l'habillement et par des ornements qu'il était défendu à tout autre qu’a eux de porter. Le monarque ne se montrait lui-même qu’ayec des marques de sa royauté, dont l'usage était réservé à lui seul, et recevait de ses sujets des témoignages d’un respect qui allait presque jusqu’à l’adoration.
Mais, entre les mains des monarques péruviens, ce pouvoir sans bornes fut, dit-on, toujours uni 4 un soin tendre pour le bonheur de leurs sujets. Si l'on en croit
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