LIVRE QUATRIÈME
tions. En vivant parmi les Espagnols, l’Inca déméla bientôt la passion qui les dominait et qu'ils ne prenaient pas la peine de cacher, il crut pouvoir la faire servir à se procurer la liberté. Il offrit aux Espagnols une rançon qui les étonna, malgré tout ce qu’ils connaissaient déjà de’ la richesse de son royaume. La ehambre où il était gardé avait vingt-deux pieds de long et seize de large; il s’engagea à la remplir de vases et d’ustensiles d’or jusqu’à la hauteur où un homme peut atteindre. Pizarre accepta sans hésiter des offres si séduisantes et l’on tira une ligne sur les murs de la chambre pour marquer la hauteur à laquelle le trésor promis devait s'élever.
Atahualpa , transporté de joie par l'espoir de récouvrer sa liberté, prit sur-le-champ des mesures pour remplir son etigagement. Il envoya des messagers à Cusco, à Quito et dans tous les lieux où l’or était en grande abondance , soit dans les temples, soit dans les palais des Incas, et les chargea de rapporter directement à Caxathalea le prix qu’on mettait à sa rançon. Quoiqu'il fût prisonnier chez ses ennemis, les Péruviens étaient si accoulumeés à respecter tous les ordres de leurs ssuverains ; qu'ils obéirent avec la plus grande promptitude. Calmés par l’espérance de voir leur roi bientôt libre, ils ne voulurent pas mettre sa vie en danger en formant la moindre tentative pour le délivrer ; et quoique les forces dé l’epire fussent encore entières, on ne fit plus de préparatifs, on n’assembla plus de troupes pour défendre l'État et venger le souverain. Les Espagnols demeurèrent tranquilles à Caxemalca. Pizarre envoya dans les provinces éloignées de petits détachements qui , loin de trouver aucune résistance , furent partout reçus avec des témoignages de respect et de soumission.
Quelque peu considérables que fussent ces détachements et quelque désir qu'eût Pizarre de connaître un peu l'intérieur du pays, il se serait bien gardé d’affaiblir ainsi son corps de troupes s’il n'avait pas reçu dans le même temps la nouvelle que Almagro était débarqué à Saint-Michel avec un renfort qui allait presque doubler ses forces. L'arrivée de ce secours était aussi alarmante pour l’Inca qu’agréable aux Espagnols. Le inonarque prisonnier voyait le pouvoir de ses ennemis s’accroitre , et comme il ne connaissait ni d’où venaient ces étran- 1 gers , ni par quels moyens ils étaient conduits au Pérou,
il lui était impossible de prévoir jusqu'où pouvait aller | l'inondation qui fondait sur ses États. Tandis qu'il était | tourmenté de ces inquiétudes, il apprit que quelques Es- | pagnols marchant vers Cusco avaient rendu visite à son | frère Huascar dans le lieu où il était prisonnier, que ce prince leur avait représenté la justice de sa cause, et que, pour les déterminer à prendre sa défense, il leur avait promis une quantité d’or beaucoup plus considérable que celle qui avait été offerte pour la rançon de son frère. Atahualpa vit que sa perte était inévitable si les Espagnols écoutaient ces propositions , et, craignant que leur insatiable avidité ne les déterminat en faveur d’Huascar, il résolut de sacrifier la vie de son frére pour sauver la sienne. En conséquence il donna des ordres qui furent exécutés avec une ponctualité scrupuleuse ; et Huascar fut mis & mort.
Cependant les Indiens chargés d'or arrivaient tous les jours à Caxamalca de toutes les provinces du royaume. La plus grande partie de ‘+ quantité convenueétaitamassée, et Atahualpa assurait les «pagnols que, si toute sa rançon |! n’était pas encore p”.e leur être livrée, c'était l’éloi-
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