‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les Espagnols [microforme]Chapitre 168 sur 191 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

rilleuse entreprise qu'il se réservait. L’artillerie, qui se composait de deux piéces de canon de campagne, et les arquebusiers furent placés vis-à-vis du chemin par lequel l'Inca devait arriver. Tous reçurent ordre de ne pas sortir de leurs postes et de ne faire aucun mouvement qu’on ne leur donnat le signal de l’action.

Dès le grand matin, tout le camp des Péruviens fut en mouvement; mais comme Atahualpa voulait paraître avec la plus grande magnificence dans sa premiére entrevue avec ces étrangers, les préparatifs de sa marche furent si longs, que le jour était déjà fort avancé lorsqu’elle commença. Même alors, de peur que l’ordre n’en fat troublé, elle se fit avec tant de lenteur que les Espagnols, simpotieniant et craignant que quelque soupçon de la pari +. haalpa ne fit la cause de ce retardement, Pizarre :" :épêcha un de ses officiers, avec de nouvelles assurances de ses intentions amicales. Cependant I’Inca s'approchait. Il était précédé de quatre cents hommes habillés uniformément, espéce de coureurs qui lui ouvraient le passage. Assis lui-même sur une espèce de trône ou de lit orné de plumes de diverses couleurs, presque couvert de plaques d'or et d’argent et enrichi de pierres précieuses, il était porté sur les épaules de ses principaux courtisans. Derrière lui, quelques-uns de ses premiers officiers étaient portés de la même manière. Plusieurs bandes de danseurs et de chanteurs accompagnaient cette marche, et toute la plaine était couverte de troupes au nombre de plus de trente mille hommes.

Pizarre, qui depuis longtemps avait de la peine à retenir ses soldats impatients de se jeter sur les richesses qu'ils avaient sous les yeux , donna enfin le signal de l'attaque. A l'instant les instruments militaires des Espagnols se

firent entendre ; les canons et les mousquets commencèrent à tirer, les chevaux s’élancérent et l’infanterié tomba sur les Péruviens l'épée à la main. Les malheureux Américains , étonnés d’une attaque si soudaine et & laquelle ils s’attendaient si peti, troublés par les terribles effets dés armes à feu et par l'irrésistible impétuosité de la cavalerié, prirent la fuite de tous les côtés sans tenter dé sé défendre. Pizarre, à la tête de sa troupe d'élite, pousse droit à l’Inca, et, quoique les grands de sa suite s’emipressassent autour de leur monarque et lui fissent un bouclier de leurs corps ett se dévouant à l’envi pour le défendre, il arrive bientôt jusqu'à lui, le saisit pat le bras, le fait descendre de son trône et ’emméne dans son quartier. La prise du monarque décida la fuite de toutes ses troupes. Il y eut plusieurs milliers de Péruviens égorgés; aucun Espagnol ne périt, et Pizarre seul fut légèrement blessé à la main par un de ses propres soldats qui s’était saisi avec trop de précipitation de la personne de l’Inca.

Les richesses amassées dans le pillage du camp surpassèrent toutes les idées que les Espagnols s'étaient faites du Pérou, et ils furent si transportés de cet étonnant succès qu'ils passèrent la nuit dans l'ivresse d’une joie insensée, naturélle à de misérables aventuriérs qui faisaient en si peu de temps une fortune extraordinaire.

Aux premiers moments dé sa captivité, l'Inca pouvait à peiné croire à un événement si inattendu; tais il sentit bientôt toute l'horreur de sa destinée , et soit abattement fut proportionné à la hauteur d'où il était tombé. Pizarre, craignant de perdre tous les avantages qu'il pouvait tirer dé la possession d’un prisonnier dé cette importance , s’efforça de le consoler par des démonstrations de douceur et de- respect que démentaient ses ac-

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