‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les Espagnols [microforme]Chapitre 178 sur 191 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

route ses troupes souffrirent tous les maux que la nature humaine peut éprouver de la fatigue, de la faim et des rigueurs du climat de ces régions élevées de la zone torride, où le froid est presque aussi rude que celui qu'on trouve sous le cercle polaire. Il en périt un grand nombre, et ceux qui résistérent et parvinrent jusqu’aux plaines fertiles du Chili y trouvèrent de nouveaux obstacles à surmonter. Ils eurent affaire à des hommes trés-différents des Péruviens, intrépides, endurcis aux travaux et assez semblables aux nations guerrières du nord de l'Amérique par leur constitution physique et par leur courage. Quoique étonnés à la première apparition des Espagnols, et plus encore à la vue de leur cavalerie et des effets de leurs armes à feu , les naturels revinrent bientôt de leur surprise, non-seulement jusqu'à se défendre avec courage, mais même jusqu’à assaillir leurs nouveaux ennemis avec plus de résolution et de vigueur que n’en avait montré jusque-là aucune nation américaine. Les Espagnols continuèrent cependant à pénétrer dans le pays et y recueillirent de l'or en abondance, mais ils ne pensérent plus à y former un établissement. Malgré toute la valeur et Vhabileté de leur chef, le succès de leur expédition était encore extrêmement douteux lorsqu'ils furent rappelés au Pérou par une révolution inattendue, dont je vais développer les causes.

Les colonies espagnoles de l'Amérique avaient envoyé un si grand nombre d’aventuriers au Pérou, et tous y portaient des espérances si outrées d’une fortune immense et rapide qu'il n’était pas possible de proposer à aucun d'eux de s'enrichir par les travaux de l'industrie. Ils eussent vu dans une pareille proposition non-seulement le renversement de toutes leurs espérances, mais une

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véritable insulte. I] fallait cependant trouver quelque occupation à des hommes qu'on ne pouvait pas sans danger laisser dans l’inaction. Pizarre encouragea quelques-uns des officiers. les plus distingués qui lui étaient arrivés nouvellement à tenter des expéditions dans quelques provinces de l'empire que les Espagnols n'avaient pas encore visitées. Il se forma diverses troupes assez considérables, qui, vers le temps du départ d’Almagro pour le Chili, se mirent en marche pour pénétrer dans différentes provinces éloignées de l’intérieur du pays. L’Inca Manco-Capac , observant l’imprudence des Espagnols qui dispersaient ainsi leurs troupes et le petit nombre de ceux qui étaient demeurés à Cuzco sous les ordres de Jean et Gonzalès Pizarre, crut être arrivé au moment heureux d'assurer ses droits à l'empire, de venger son pays et d’exterminer ses oppresseurs. Quoique surveillé de très-près par les Espagnols, qui lui laissaient habiter le palais de ses ancêtres à Cuzco, il trouva moyen de communiquer son projet aux gens qui devaient l’exécuter. Les moindres désirs des souverains sont des ordres chez un peuple accoutumé à les respecter comme des divinités. Les Espagnols, loin de se disposer à abandonner volontairement le Pérou. comme ils l'avaient fait croire aux habitants, y abordaient en beaucoup plus grand nombre. Les Péruviens ne pouvant plus espérer de se voir délivrés de leurs tyrans que par un effort vigoureux de toute la nation, les préparatifs pour l'exécution de cette entreprise furent faits avec le silence et le secret dont les Américains sont peut-être seuls capables.

L'Inca avait déjà fait quelques tentatives infructueuses pour s'échapper des mains des Espagnols, lorsque Ferdinand Pizarre, étant venu à Cuzco, lui accorda la per-

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