LIVRE PREMIER
temps les camps des Tartares qui étaient toujours en mouvement, ils avaient eu occasion de parcourir une grande partie de l’Asie. Carpini, qui avait pris la route de Pologne et de Russie, traversa les provinces septentrionales de l’Asie jusqu’aux extrémités du Thibet. Ascolino, qui paraît avoir débarqué sur la côte de Syrie, s’avança par les provinces méridionales jusque dans l’intérieur de la Perse.
Peu de temps après cette époque, Louis IX, roi de France, contribua à étendre les connaissances que les Européens commençaient à acquérir sur ces contrées lointaines. Un imposteur adroit, tirant avantage des notions imparfaites que les chrétiens s'étaient formées sur l'état et le caractère des nations asiatiques, lui donna avis qu'un kan des Tartares trés-puissant avait embrassé la religion chrétienne : le monarque résolut à l'instant d'envoyer des ambassadeurs à cet illustre converti pour l’'engager à attaquer leurs ennemis communs les Sarrasins, d’un côté, tandis que lui tomberait sur eux de l’autre. Comme il n'y avait que des moines qui eussent les connaissances nécessaires pour exécuter une commission de cette espèce, il en chargea un père André, dominicain , auquel se joignit ensuite le père Guillaume de Rubruquis, franciscain. Il n’est resté aucune relation du voyage du premier ; mais on a publié le journal de Rubruquis. Ce moine fut admis à l'audience de Mangu, le troisième kan des Tartares depuis Gengis; il fit ensuite un long circuit dans les parties intérieures de l'Asie, qu’il parcourut avec plus de détail qu'aucun autre Européen n'avait fait avant lui.
Ces voyageurs, qu'un zèle religieux avait conduits en Asie, furent suivis par d’autres, que des intérêts de com-
merce ou des motifs de pure curiosité engagèrent à voyager dans les pays lointains. Le premier et le plus célèbre de ceux-ci fut Marco Polo, noble vénitien : engagé dès ses jeunes ans dans le commerce, selon l'usage de son pays, son esprit entreprenant chercha une sphère d’activité plus étendue que celle qui lui était offerte par le trafic établi dans les différents ports d'Europe et d'Asie fréquentés par les Vénitiens. Ce motif le détermina à voyager dans la vue d’y former des relations de commerce plus conformes aux espérances et aux idées hardies d’un jeune aventurier. Comme son père avait déjà porté des marchandises d'Europe à la cour du grand-kan des Tartares et les y avait vendues avec un bénéfice considérable , Marco Polo s’y rendit. Assuré de la protection de Kublay-Kan, le plus puissant de tous les successeurs
de Gengis, il continua ses expéditions mercantiles en Asie
pendant plus de vingt-six ans, et dans cet espace de temps i s'avança dans les parties de l’est, fort au delà des lieux où les autres voyageurs européens avaient pénétré avant lui. Au lieu de suivre la route de Carpini et de Rubruquis, le long des vastes déserts de la Tartarie, il passa par les principales villes commercantes des parties les plus cultirées de l’Asie, et arriva à Cambalu ou Pékin, capitale du grand royaume du Cathay ou de la Chine, soumise alors à la domination des successeurs de Gengis. Il fit plusieurs voyages sur la mer des Indes; il trafiqua dans plusieurs des îles d’où les Européens recevaient depuis longtemps les épiceries et d’autres denrées dont ils faisaient le plus grand cas, quoiqu’ils ne connussent pas les lieux particuliers où croissaient ces précieuses productions; il se procura des informations sur différents pays qu'il ne put pas visiter lui-même, particulièrement sur
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