LIVRE PREMIER
et la mer s’offrait à eux comme l'unique carrière où leur ambition pat se signaler.
Telle était la situation du Portugal et la disposition du peuple, lorsque Jean I se trouva paisible possesseur de la couronne par la paix conclue avec le roi de Castille en 1411. C'était un prince d’un grand mérite, et qui, par la supériorité de son courage et de ses talents, s'était ouvert la route à un trône auquel sa naissance ne lui donnait aucun droit. I] s’aperçut bientôt qu'il lui serait impossible de maintenir l’ordre public et la tranquillité intérieure, s’il ne trouvait pas un moyen d’occuper au dehors l’activité inquiète de ses sujets. Ce fut dans cette vue qu’il équipa à Lisbonne une flotte considérable composée de tous les vaisseaux qu'il put rassembler dans son royaume, et d’un grand nombre d’autres qu'il loua à des étrangers. Ce grand armement fut destiné
‘à altequer les Maures établis sur la côte de Barbarie.
Pendant qu'on faisait ces préparatifs, on détacha quelques vaisseaux chargés de naviguer le long de la côte occidentale de l'Afrique bornée par l'océan Atlantique, et de découvrir les pays inconnus qui s’y trouvaient situés. C'est à cette entreprise peu importante qu'on peut rapporter l’époque où l'esprit de découverte brisa les barrières qui avaient si longtemps dérobé aux hommes la connaissance de la moitié du globe terrestre.
A l’époque où Jean expédia ses vaisseaux pour ce nouveau voyage, l'art de la navigation était encore trés-imparfait. Quoique l'Afrique fat trés-prés du Portugal, et que la fertilité des pays qu'on connaissait déjà sur ce continent invilat à y faire de nouvelles découvertes, les Portugais ne s'étaient jamais hasardés à passer le cap Non : ce promontoire, comme son nom l'indique, avait
été regardé jusque-la comme une borne qu’on ne pouvait franchir ; mais les nations de l'Europe avaient alors acquis assez de connaissances pour oser enfin rejeter les préjugés et réformer les erreurs de leurs ancêtres. Le long règne de l'ignorance, cette ennemie constante de toute recherche et de toute entreprise nouvelle, touchait à son dernier période; l'aurore de la science jetait ses premiers rayons; les ouvrages des Grecs et des Romains commengaient à être lus avec admiration et avec fruit. Les sciences, cultivées par les Arabes, avaient été introduites en Europe et par les Maures établis en Espagne et en Portugal, et par les juifs qui étaient en grand nombre dans ces deux royaumes. La géométrie, l’astronomie et la géographie, qui sont la base de l'art de la navigation, devinrent des objets d'attention et d'étude. La mémoire des découvertes des anciens se ranima, et l'on rechercha les progrès de leur navigation et de leur commerce. Quelques-unes des causes qui, pendant le dernier siècle et dans celui-ci, ont arrêté la culture des sciences en Portugal, ou n’y existaient pas dans le quinzième siècle, ou n'y produisaient pas les mêmes effets ; les Portugais paraissent avoir alors marché dans la carrière des sciences et des lettres d’un pas égal avec les autres peuples qui habitent en deçà des Alpes.
Comme l'esprit du siècle favorisait l'exécution de la nouvelle entreprise à laquelle les Portugais se trouvaient invités par la situation particulière de leur pays, elle ne pouvait manquer d’avoir du succès. Les vaisseaux équipés pour cette expédition doublèrent ce cap formidable qui avait borné la route des navigateurs précédents et s’avancèrent à cent soixante milles au delà jusqu’au cap Bo- Jador. Les rochers qui forment ce cap et qui s'étendent
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