LIVRE PREMIER
fort avant dans la mer ayant paru plus dangereux aux Portugais que le promontoire qu'ils avaient déja passé, ils n’osérent le tourner, et revinrent à Lisbonne plus satisfaits d'être allés jusque-là que honteux de n'avoir pas tenté d'aller plus avant.
Quelque peu considérable que fût ce voyage, il ne fit que donner plus d'activité au goût pour les découvertes qui avait commencé à se développer en Portugal. Le succès extraordinaire de l'expédition du roi contre les Maures de Barbarie fortifia encore l'esprit entreprenant des Portugais, et les encouragea à de nouvelles tentatives. Mais afin d'assurer le succès de leurs entreprises, ils avaient besoin d’être conduits par un homme qui, doué des qualités propres à déméler ce qui était praticable, eût le loisir de former un système régulier d’opérations pour la poursuite des découvertes, et edt en même temps assez d’ardeur et de persévérance pour se mettre au-dessus des revers et des obstacles. Heureusement pour le Portugal, ces qualités se trouvèrent réunies dans Henri, duc de Viseu, quatrième fils du roi Jean, qui l'avait eu de Philippine de Lancastre, sœur de Henri IV, roi d'Angleterre. Ce prince avait, dès sa première jeunesse , accompagné son père dans l'expédition de Barbarie, et s'y était signalé par différentes actions de bravoure. A l'esprit guerrier qui, dans ces temps de chevalerie, caractérisait tout homme d'une naissance distinguée, Henri joignait toutes les qualités d’un siècle plus poli et plus éclairé. Il cultivait les arts et les sciences, alors ignorés et méprisés des personnes de son rang. |i s'appliqua avec un. goût particulier à l'étude de la géographie; instruit par les leçons de maitres habiles, et plus encore par les relations des voyageurs,
il acquit bientôt assez de connaissance du globe habitable pour apercevoir la probabilité de découvrir de nouvelles et riches contrées, en naviguant le long de la côte d’Afrique. Cette espérance était bien faite pour exciter l’ardeur et l'enthousiasme d’un jeune homme, et il résolut de protéger de toutes ses forces un projet qui pouvait devenir aussi utile qu’il paraissait brillant et honorable. Afin de pouvoir procéder sans interruption à cette grande entreprise , il se retira de la cour immédiatement après son retour d'Afrique, et fixa sa résidence à Sagres, près du cap Saint-Vincent, où la vue de l'océan Atlantique portait continuellement ses pensées vers son projet favori, et l’encourageait à le mettre en exécution. Quelques-uns des plus savants hommes de son pays l'avaient accompagné dans sa retraite, et l'aidaient dans ses recherches. Il demanda des éclaircissements aux Maures de Barbarie, qui étaient accoutumés à voyager par terre dans les provinces intérieures de l’Afrique où ils allaient chercher de l’ivoire, de la poussière d’or et d’autres denrées précieuses. Il consulta les juifs établis en Portugal. Il sut par des promesses, des récompenses, des marques d'estime et de confiance , attirer à son service plusieurs habiles navigateurs tant étrangers que portugais. Dans la disposition de ces préparatifs, les grands talents du prince étaient heureusement secondés par ses vertus personnelles. Sa probité, son affabilité, son respect pour la religion et son zèle pour la gloire de son pays engagèrent des personnes de tous les rangs à donner des applaudissements à son projet et à en favoriser l’exécution. Ses compatriotes voyaient que ses vues n'étaient dirigées ni par l'ambition ni par le désir des richesses, mais par la bienveillance active d’une âme ardente à concourir au
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