LIVRE PREMIER
savait que les frivoles arguments de ses adversaires, relativement aux intérêts politiques du Portugal, n'avaient pour motifs que la malveillance et la jalousie. Il fut puissamment secondé dans ces dispositions par don Pédre , son frère, qui gouvernait le royaume en qualité de tuteur de son neveu, Alphonse V, lequel avait succédé à la couronne étant mineur. Loin de se relâcher de ses efforts, Henri continua donc à poursuivre avec une nouvelle ardeur l'exécution de ses projets.
Pour imposer silence aux murmures de l'opposition, ce prince chercha à obtenir la sanction d'une autorité respectable en faveur de ses opérations. Dans cette vue, il s'adressa au pape, et lui exposa en termes magnifiques le pieux et infatigable zèle avec lequel il s’occupait depuis vingt ans à découvrir des pays inconnus dont les malheureux habitants, privés des lumières de la véritable religion , étaient ensevelis dans les ténèbres du paganisme ou séduits par les impostures de Mahomet. Il suppliait le saint-père , à qui, comme au vicaire du Christ, tous les royaumes de la terre étaient soumis, de conférer à la couronne de Portugal un droit sur tous les pays appartenant aux infidèles, qui seraient découverts par l’industrie de ses sujets ou subjugués par la force de ses armes. Il le conjurait de défendre sous les peines les plus sévères, à toutes les puissances chrétiennes, de molester les Portugais, tandis qu'ils scraient engagés dans cette louable entreprise, et de s'établir dans aucun des pays qu'ils auraient découverts. Henri promettait que le principal objet des Portugais, dans toutes leurs expéditions, serait de répandre la connaissance de la religion chrétienne , d’établir l'autorité du saint-siége, et d'accroître le troupeau du pasteur universel. Le pape Eugène IV, à qui Henri
s’adressa, fit en conséquence expédier une bulle dans laquelle, après avoir applaudi dans les termes les plus énergiques aux tentatives des Portugais et les avoir exhortés à poursuivre la gloricuse carrière où ils s'étaient engagés, il leur accordait un droit exclusif sur tous les pays qu'ils découvriraient depuis le cap Non jusqu'au continent de l'Inde.
Le bruit des expéditions des Portugais ne tarda pas à se répandre dans toute l'Europe. Les peuples, accoutumés dès longtemps à circonscrire l’activité et les lumières de l'esprit humain dans les limites où elles avaient été jusque-là renfermées, furent étonnés de voir la sphère de la navigation s’agrandir ainsi tout à coup, et en même temps naître l'espérance de connaître des régions dont l’exisience n’était pas même soupçonnée auparavant. Les savants et les philosophes formaient des raisonnements et combinaient des théories sur ces découvertes inattendues, tandis que le vulgaire faisait des questions et s’étonnait. Des aventuriers hardis vinrent en foule de toutes les parties de l’Europe pour solliciter le prince Henri de les employer à ce service honorable. Les Vénitiens et les Génois, qui surpassaient tous les autres peuples dans la connaissance et la pratique de la marine, fournirent surtout un grand nombre de marins qui entrèrent à bord des vaisseaux portugais, et acquirent à cette nouvelle école de navigation une connaissance de leur art plus exacte et plus étendue. Les Portugais, animés par l’exemple de ces étrangers, s’empressérent d'exercer leurs propres talents et leur activité. La nation seconda les desseins du prince. Des négociants formèrent des associations pour concourir à la recher"e des pays inconnus. On découvrit les îles du cap Ver ‘cui gisent à la hauteur du
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