LIVRE PREMIER
blies le longede la côte avaient indiqué un royaume puissant, situé à une grande distance vers l’est de leur continent, et dont le souverain, suivant les détails qu'on en eut, professait la religion chrétienne. Le roi de Portugal en conclut sur-le-champ que ce devait être l'empereur d’Abyssinie, auquel les Européens, trompés par une méprise de Rubruquis, de Marco Polo et de quelques autres voyageurs, avaient ridiculement donné le nom de Prétre- Jean; et, comme il espérait recevoir des lumières et des secours d’un prince chrétien pour le succès d’un plan qui tendait à propager leur doctrine commune, il résolut d'établir, s’il était possible, une correspondance avec cet empire. Il choisit pour cet objet Pedro de Covillam et Alphonse de Payva qui entendaient parfaitement la langue arabe; il les envoya à l’est du continent de l'Afrique pour chercher la résidence de ce potentat inconnu et lui faire des propositions d'alliance et d'amitié. Les deux députés étaient chargés aussi de se procurer dans les pays qu'ils visiteraient tous les éclaircissements qu'on pourrait leur donner sur le commerce de l'Inde et sur le cours de navigation qu'on pourrait suivre pour y pénétrer.
Tandis que Jean faisait cette tentative par terre pour obtenir quelque connaissance d’un pays qu'il désirait si ardemment découwir, il s'occupait en même temps des moyens de suivre par mer ce grand dessein. La conduite de cette expédition, la plus difficile et la plus importante que les Portugais eussent encore projetée, fut confiée à Barthélemi Diaz, officier qui avait toute la sagacité, l’expérience et le courage qu’exigeait une pareille entreprise. Il s'avanca hardiment vers le sud, et franchissant les limites où jusqu'alors ses compatriotes avaient arrêté leur course, il découvrit plus de neuf cents milles de terres
nouvelles. Ni les dangers auxquels il se vit exposé par suite de tempêtes violentes dans des mers inconnues et par les fréquentes mutineries de son équipage , ni les détresses de la famine où il fut réduit par la perte du vaisseau qui portait ses provisions, ne purent l'empêcher de poursuivre son entreprise. Pour fruit de ses travaux et de sa persévérance il reconnut enfin le promontoire élevé qui borne l'Afrique vers le sud; mais tout ce qu'il put faire fut de le reconnaitre. La violence des vents, le délabrement de ses vaisseaux et l'esprit turbulent de son équipage le forcèrent à revenir sur ses pas après un voyage de seize mois, dans lequel il découvrit une étendue de pays beaucoup plus considérable que ce qu'avait découvert avant lui aucun autre navigateur. Diaz avait appelé le promantoire qui terminait son voyage cabo Tormentoso, le cap des Tempétes; mais le roi son maître, ne doutant plus qu’il n’eut enfin trouvé la route qu'il cherchait depuis si longtemps pour passer dans l'Inde, donna à'ce cap un nom plus encourageant et de meilleur augure, il l’appela le cap de Bonne-Espérance.
Ces espérances de succès se trouvèrent confirmées par les nouvelles que le roi de Portugal reçut des députés qu'il avait envoyés par terre en Abyssinie. Covillam et Payva, se conformant aux instructionsde leur maitre, se rendirent d’abord au Grand-Caire, d’où ils se mirent en route avec une caravane de marchands égyptiens, et arrivèrent à Aden sur la mer Rouge. Là ils se séparèrent ; Payva cingla directement vers l’Abyssinie ; Covillam s'embarqua pour les Indes orientales, et après avoir visité Calicut, Goa et d’autres villes sur la côte de Malabar, il retourna à Sofala sur la côte orientale d'Afrique et de la au Grand-Caire, où les deux députés s'étaient donné ren-
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