LIVRE DEUXIÈME
aventurier animé ou du désir de voir des pays nouveaux ou de celui de se distinguer. Colomb se laissa facilement séduire par ses amis, etayant gagné l'estime d’une Portugaise, il l'épousa et fixa son séjour à Lisbonne. Son mariage, au lieu de le détacher du genre de vie qu'il avait suivi jusqu'alors, contribua à étendre ses connaissances dans la navigation et lui donna le désir de les augmenter encore. Sa femme était fille de Barthélemy de Perestrello, un des capitaines employés par le prince Henri dans ses premières navigations, et qui avaient découvert et planté les iles de Porto-Santo et de Madère. Colomb devint possesseur des journaux et des cartes de ce navigateur expérimenté. Il y apprit les routes qu’avaient tenues les Portugais dans leurs découvertes et les diverses circonstances qui les avaient encouragés et guidés; cette étude flattait et enflammait sa nassion dominante. Les cartes de Perestrello et les descriptions des nouvelles contrées que ce navigateur avait vues augmentèrent tellement son impatience de voyager qu'il ne put y résister. Pour la satisfaire , il fit un voyage à Madère et établit pendant plusieurs années un commerce avec cette île, avec les Canaries, les Açores, et les divers établissements que les Portugais avaient faits en Guinée et sur le continent de l'Afrique.
L'expérience que Colomb avait acquise par un si grand nombre de voyages dans presque toutes les parties du globe alors connues par la navigation, l’avait rendu luimême un des meilleurs navigateurs de l'Europe ; mais cette louange ne lui suffisait pas, et il ambitionnait davantage. Les succès heureux des Portugais avaient excité un tel esprit de curiosité et d’émulation que tous les savants de ce siècle étaient occupés à étudier les moyens
qui avaient préparé les découvertes déjà faites et ceux dont on pouvait se promettre quelque réussite dans des entreprises encore plus hardies. Colomb, naturellement avide de connaître, capable de méditations profondes et iourné vers les spéculations de ce genre, s'était souvent appliqué à remonter aux principes qui avaient guidé les. Portugais dans leurs plans de découvertes nouvelles et à la mauière dont ils en avaient conduit l'exécution, de sorte qu'il arriva par degrés à se persuader qu'oir pouvait aller plus loin qu'eux en suivant leur méthode, et exéculer des entreprises qu'ils avaient jusqu'alors tentées inutilement.
Depuis que ies Portugais avaient doublé le cap Vert, le grand objet qui occupait les navigateurs était de trouver par mer un passage aux Indes orientales. Les découvertes de cette nation en Afrique n'étaient rien auprès de cellela. On connaissait depuis un grand nombre de siècles la fertilité et les richesses de l’Inde. Les épiceries et les autres marchandises précieuses qu’on en apportait étaient recnerchées dans toute l’Europe. Les Vénitiens, enrichis par la possession exclusive de ce commerce, excitaient l'envie de toutes les autres nations; mais quelque avides que fussent les Portugais de se frayer une route nouvelle vers ces riches pays, ils ne l'avaient cherchée jusqu'alors qu’en se dirigeant vers le sud, dans l'espérance qu'ils pouvaient arriver aux Indes en portant à l’est, après qu'ils auraient fait le tour de l'extrémité de l'Afrique. Cette route était cependant encore inconnue, et am cas qu’on la découvrit, elle était si longue qu'un voyage d’Europe dans les Indes paraissait une entreprise d'une extrême difficulté et d'un succès très-incertain. On avait employé plus d’un demi-siècle à avancer du cap Non à