‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les Espagnols [microforme]Chapitre 36 sur 191 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

l'équateur. On pensait qu'il faudrait plus de temps encore pour exécuter le projet des Portugais. L’incertitude et la longueur de cette route conduisirent naturellement Colomb à rechercher s'il n’était pas possible de trouver quelque chemin plus court et ple. droit. Après avoir réfléchi profondément sur cette matière , aidé des connaissances qu'il avait acquises dans la théorie et la pratique de la navigation ; après avoir comparé attentivement les observations des pilotes modernes avec les indications et les conjectures que fournissent les anciens auteurs, il conclut qu’en naviguant directement à l’ouest au travers de la mer Atlantique, on trouverait infailliblement des pays nouveaux qui devaient être, selon lui, une partie du vaste continent de l'Inde.

Cette opinion, aussi chimérique au premier coup d'œil qu’elle était extraordinäire et nouvelle, était appuyée dans son esprit par des motifs et des raisons de différents genres. La figure sphérique de la terre était connue, et la grandeur de son volume déterminée avec quelque exactitude. Il suivait évidemment de là que les continents de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique ne faisaient qu’une très-petite portion de la superficie du globe terrestre. La sagesse et la bienfaisance de l’auteur de la nature ne permettaient pas de penser que le vaste espace qui était jusque-la demeuré inconnu fût entièrement couvert des eaux d’un stérile océan, sans aucune terre habitée par l’homme. Il était très-vraisemblable que le continent du monde connu, placé sur un des côtés du globe, était balancé par une quantité à peu près égale de terres dans ‘’hémisphère opposé. Ces idées étaient confirmées par les observations et les conjectures des navigateurs. Un pilote portugais, s'étant avancé à l’ouest plus qu’on ne le faisait en ce

temps-là , avait trouvé une pièce de bois sculptée, flotlant sur les eaux et poussée vers lui par un vent d'ouest, ce qui Jui avait fait conclure qu’elle venait de quelque terre inconnue, située vers ce même point. Un beau-frère de Colomb avait trouvé à l’ouest de l'ile de Madère une pièce de bois, travaillée aussi de main d'homme et apportée par le même vent, et des roseaux d’une grosseur énorme ressemblant à ceux que Ptolémée décrit comme une production particulière des Indes orientales. Enfin, après des vents d'ouest soutenus pendant quelque temps, on avait trouvé souvent sur les côtes des Açores des arbres déracinés, et une fois les corps morts de deux hommes, dont les traits ne ressemblaient point du tout à ceux des habitants de l’Europe et de l'Afrique.

En même temps que la force de ces raisons puisées dans les faits et la théorie faisait espérer à Colomb qu'on trouverait des terres nouvelles dans l'océan Occidental, d’autres considérations lui faisaient croire que ces terres devaient tenir au continent des Indes. Quoique les anciens aient à peine pénétré dans l'Inde au delà des rives du Gange , cependant quelques auteurs grecs se sont hasardés à décrire des provinces situées de l’autre côté de ce fleuve ; et comme les hommes sont naturellement disposés à exagérer les objets éloignés et inconnus sur lesquels on ne peut les contredire, ces écrivains ont représe até ces régions comme étant d'une étendue immense. Ctésias assure que ce qu'il appelle l'Inde est un pays aussi vaste que tout le reste de l’Asie. Onésicrite , suivi par Pline le naturaliste, prétendait qu'elle est égale à un tiers de la terre habitable, et Néarque dit que d'une extrémité à l'autre en droite ligne il y avait pour quatre mois de chemin. Le journal de Marco Polo, qui voyagea en Asie au

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