LIVRE DEUXIÈME
treizième sièele, et qui s'était avancé à l’est beaucoup plus loin qu'aucun autre Européen avant lui, semblait confirmer ces exagérations des anciens. Les descriptions magnifiques qu'il fait du royaume de Cathay et de Cipango, et de beaucoup d’autres pays dont les noms étaient inconnus en Europe, présentaient I’Inde comme une contrée immense. Ces notions, quelque défectueuses qu'elles fussent, étaient les plus exactes que les Européens eussent en ce temps-là de toute cette partie orientale de l'Asie. Colomb en tirait une conséquence très-juste. Il prétendait qu'à proportion que le continent de l'Inde s’étendait vers l’est, il devait, à raison de la figure sphérique de la terre, s'approcher davantage des îles nouvellement découvertes à l’ouest de l'Afrique; que la distance de l'Asie à ces îles ne devait pas être trés-considérable et que la route la plus droite et en même temps la plus courte de l’Europe aux parties les plus orientales de ce grand pays était de naviguer droit à l’ouest. L'autorité de quelques écrivains anciens, secours nécessaire alors pour faire recevoir une opinion dans quelque matière que ce fût, appuyait cette idée de la proximité de l'Inde aux parties occidentales de notre continent. Aristote penchait à croire qu’elle n’était pas fort éloignée des Colonnes d'Hercule, ou du détroit de Gibraltar, et qu'on pouvait aller par mer du détroit aux Indes. Sénèque, s'exprimant encore d’une manière plus positive, assure que par un vent favorable on peut aller en peu de temps d'Espagne aux Indes. La fameuse Atlantide de Platon, que beaucoup de personnes ont regardée comme un pays réel, et au delà de laquelle ce philosophe place un vaste continent, est représentée par lui comme peu éloignée de l'Espagne. Après avoir pesé loutes ces raisons, Colomb, qui unissait
la modestie et la défiance du génie avec l'enthousiasme d'un créateur de projets, ne s'en reposa entièrement ni sur la force de ses preuves ni sur l'autorité des anciens. Il crut devoir encore consulter ceux de ses contemporains qui étaient capables d'apprécier les arguments sur lesquels il appuyait son opinion. Dès l'an 1474, il communiqua ses idées sur la probabilité de découvrir de nouvelles terres à l’ouest, à Paul, médecin florentin, célèbre pour ses connaissances dans la cosmographie, et qui dans ses réponses montre un savoir et une candeur qui le rendaient bien digne de la confiance de Colomb. Ce savant approuva fort le projet, l'appuya de beaucoup de faits, et encouragea Colomb à suivre une entreprise si louable, qui devait apporter tant de gloire à sa patrie et à l'Europe des avantages si grands.
Un esprit moins capable de former et d'exécuter de grands desseins n'aurait été conduit par ces raisonnements, ces observations et ces autorités, qu’à une théorie stérile qui aurait fourni matière à des discours ingénieux ou à des conjectures chimériques; mais le caractère de Colomb, entreprenant et plein d’ardeur, le faisait passer immédiatement de la spéculation à l’action. Pleinement convaincu de la vérité de son système, il était impatient de la confirmer par l'expérience et de faire un voyage dans cette unique vue. Le premier pas qu’il avait à faire était de s'assurer la protection de quelque puissance de l’Europe qui pit fournir aux frais de l’entreprise. Son amour pour sa patrie s'était conservé malgré une longue absence et lui faisait souhaiter qu'elle recueillit le fruit de ses travaux. Il proposa son projet au sénat de Gênes, et faisant du service de son pays le premier but de son ambition, il offrit de naviguer sous le pavillon de la ré-