LIVRE PREMIER
Exposé des progrès de l'art nautique depuis les premiers temps jusqu'au moment de la découverte de l'Amérique par les Espagnols.
Les hommes ne sont parvenus à découvrir et à peupler les différentes parties de la terre que par des progrès extrêmement lents. Il s’écoula plusieurs siècles avant qu'ils pussent s'éloigner des heureuses et fertiles régions où ils avaient été d'abord placés par le Créateur. On connaît l’occasion de leur première dispersion générale; mais nous ignorons le cours de leurs émigrations et le temps où ils prirent possession des différentes contrées qu'ils habitent aujourd’hui. Ni l’histoire ni la tradition ne nous ont laissé, sur ces temps reculés, assez de lumières pour nous mettre en état de suivre avec quelque certitude les progrès du genre humain dans l'enfance des sociétés.
Nous pouvons conjecturer cependant que les premières émigrations des hommes se firent toutes par terre. L'Océan, qui partout environne la terre habitable, et les différents bras de mer qui séparent une région de l’autre,
quoique destinés à faciliter la communication entre les pays éloignés, semblent d’abord n'avoir été formés que pour arrêter la marche de l’homme et pour marquer les limites de cette portion du globe où la nature l'avait renfermé. Nous devons croire qne ce ne fut qu’aprés un long espace de temps que les hommes tentèrent de franchir cette formidable barrière, et acquirent assez d’habileté et d'audace pour se livrer à la merci des vents et des vagues, et pour quitter leur pays natal, dans la vue d'aller chercher des régions éloignées et inconnues.
La navigation et la construction des vaisseaux sont des arts si délicats et si compliqués qu’on a eu besoin de l'industrie et de l'expérience de plusieurs siècles pour leur donner quelque degré de perfection. Du radeau ou du canot qui le premier servit à faire passer à un des premiers hommes la rivière qui l’arrêtait dans sa chasse, jusqu’à la construction d’un vaisseau capable de transporter avec sûreté une foule nombreuse à une côte éloignée, le progrès de l’industrie a dù être prodigieux. Il a fallu faire bien des efforts, tenter bien des expériences, employer beaucoup de travail et d'adresse pour venir à bout de cette grande et difficile entreprise. L’état d’imperfection où se trouve la navigation chez les peuples qui ne sont pas encore trés-civilisés justifie l’idée que nous donnons ici de ses progrès, et prouve clairement que dans les premiers temps l’art n’était pas assez avancé pour mettre les hommes en état d'entreprendre de longs voyages ou de tenter au loin des découvertes.
Mais dès que l’art de la navigation fut connu , il s’établit parmi les hommes un nouveau genre de correspondance : voilà l’époque d'où nous devons dater le commencement de cette communication entre les peuples, qui