LIVRE DEUXIÈME
veaux hôtes comme des êtres d’un ordre supérieur, et comme des enfants du soleil descendus pour visiter la terre.
Les Européens n'étaient guère moins étonnés des objets qu'ils avaient sous les yeux. L’herbe, les arbustes, les arbres étaient différents de ceux d'Europe. Le sol paraissait de bonne qualité, mais ne présentait presque aucune marque de culture. Le climat semblait chaud aux Espagnols eux-mêmes, quoique extrêmement agréable. Les habitants étaient dans toute la simplicité de la nature; leurs cheveux noirs, longs et droits, flottaient sur leurs épaules, ou étaient attachés en tresses autour de leur tête. Ils n'avaient point de barbe, et tout le reste de leur corps était absolument sans poil. Leur teint était de couleur de cuivre-foncé ; leurs traits, singuliers plutôt que désagréables ; leur physionomie douce et timide. Leurs visages et d'autres parties de leur corps étaient bizarrement peints de couleurs éclatantes. La crainte les tint d'abord dans la réserve; mais bientôt ils se familiarisèrent avec les Espagnols et reçurent d'eux, avec des transports de joie, des grelots, des grains de verre et d'autres bagatelles, pour lesquelles ils donnèrent en échange quelques provisions et du fil de coton, la seule marchandise de quelque valeur qu'ils pussent fournir. Vers le soir Colomb retourna à ses vaisseaux accompagné par un grand nombre d'insulaires dans leurs bateaux, qu’ils appelaient canots, faits d’un seul tronc d'arbre, mais qu’ils maniaient avec une adresse surprenante. Ainsi dans cette première entrevue des habitants du nouveau monde avec ceux de l’ancien, tout se passa en témoignages d'amitié et à la satisfaction des uns et des autres.
Colomb, qui prit dès lors les titres et l'autorité d’ami-
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ral et de vice-roi, appela Vile qu'il venait de découvrir San-Salvador. Elle est plus connue sous le nom de Guanahani que les naturels lui donnaient. C’est l’une des îles Lucayes ou de Bahama.
L’amiral employa le jour suivant à faire le tour de Vile. La pauvreté des habitants lui fit juger que ce n’était pas là le riche pays qu'il cherchait. Mais, toujours d'après la théorie qu'il s'était faite sur la situation des régions les plus orientales de l’Asie, il conclut que San- Salvador était une des îles que les géographes décrivaient comme situées dans le vaste océan qui baigne les côtes de l'Inde. Ayant observé que la plupart de ces insulaires portaient de petites plaques d’or comme ornement à leurs narines, il s'enquit soigneusement du lieu d'où ils tiraient ce précieux métal. Ils lui montrèrent le sud et lui firent comprendre par signes que l'or abondait dans les pays situés dans cette direction. Il se détermina donc à y diriger sa route, ne doutant pas qu'il ne trouvat ces opulentes régions qui étaient le but de son voyage et qui pouvaient le dédommager des peines qu'il avait souffertes et des dangers qu’il avait courus. Il prit avec lui sept des naturels de San-Salvador pour lui servir de guides et d'interprètes lorsqu'ils auraient appris un peu d'espagnol, et ces hommes simples regardérent comme une distinction le choix qu'il fit d'eux pour Vaccompagner.
Il découvrit différentes iles et prit terre & trois des plus considérables , auxquelles il donna les noms de Sainte-Marie de la Conception, de Ferdinand et d’Isabelle. Mais comme le sol, les productions, les habitants y étaient les mêmes qu'à San-Salvador, il ne s’arréta dans aucune. Il s’informait partout d'où venait lor et re-