‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les Espagnols [microforme]Chapitre 6 sur 191 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

éléments de la navigation. Ils connaissaient à la vérité la propriété qu’a l’aimant d'attirer le fer; mais la propriété, plus merveilleuse et plus importante qui le dirige vers le pole , avait entièrement échappé à leurs observations. Privés de ce guide fidèle, qui conduit aujourd'hui le pilote avec tant de certitude dans l’immensité des mers, et pendant l’obscurité de la nuit et quand le ciel est obseurci par les nuages, les anciens n’avaient d’autres moyens de régler leur route que l’observation du soleil et des étoiles. Leur navigation était par conséquent incertaine et timide ; rarement osaient-ils perdre de vue la terre ; ils se trainaient le long des côtes, retardés par tous les obstacles, exposés à tous les dangers qu’entrainait cette manière de naviguer. Il fallait un temps incroyable pour exécuter des voyages qu'on achève aujourd'hui en quelques semaines : même dans les climats les plus doux et dans les mers les moins orageuses, c'était seulement pendant l'été que les anciens se hasardaient à sortir de leurs ports; le reste de l’année se perdait dans l’inaction : on aurait regardé comme une imprudence téméraire d'affronter pendant l'hiver la fureur des vents et des vagues.

Dans l’état d'imperfection où étaient la science et la pratique de la navigation, c'était donc une entreprise aussi difficile que dangereuse de se porter dans des régions lointaines. L'activité du commerce lutta contre tous ces obstacles : les Égyptiens , peu de temps après la fondation de leur monarchie, établirent, dit-on, un trafic entre le golfe Arabique, ou la mer Rouge, et la côte occidentale du grand continent de l'Inde. Les marchandises qu'ils tiraient de l'Orient étaient transportées par terre du golfe Arabique jusqu’au bord du Nil, et descendaient cette rivière jusqu’à la Méditerranée; mais l'attention que les

Égyptiens donnèrent dans les premiers temps au commerce ne fut pas de longue durée; la fertilité du sol et la douceur du climat leur fournissaient toutes les choses nécessaires et agréables avec une profusion qui les rendait indépendants de tous les autres pays: aussi ce peuple, dont les idées et les institutions différérent presque en tout point de celles des autres peuples, eut pour maxime de renoncer à toute communication avec les étrangers. En conséquence les Égyptiens ne sortirent bientôt plus de leur pays; ils détestérent tous les navigateurs comme des impies et des profanes; ils fortifièrent leurs ports et n’y admirent aucun étranger : ce ne fut que lors du déclin de leur puissance qu'ils rouvrirent leurs ports, et reprirent et rétablirent quelque communication avec les autres peuples.

Le caractère et la situation des Phéniciens étaient aussi favorables à l'esprit de commerce et de découverte que ceux des Égyptiens y étaient contraires : leurs mœurs et leurs institutions n'étaient distinguées par aucune particularité marquée; ils n'avaient aucune forme de culte, aucune superstition contraire à la sociabilité; ils pouvaient enfin, sans scrupule et sans répugnance , se mêler avec les autres peuples. Le territoire qu’ils possédaient n'était ni grand ni fertile : le commerce était donc l'unique source qui pouvait leur donner la puissance et la richesse ; aussi les Phéniciens de Sidon et de Tyr établirent-ils le commerce le plus étendu et le plus hardi que l'on connaisse chez les anciens. Le génie de ce peuple, la nature de son gouvernement, l'esprit de ses lois , se rapportaient entièrement au même but : c'était une nation de marchands qui prétendit à l'empire de la mer et qui Vobtint. Leurs vaisseaux fréquentérent tous les ports de

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