LIVRE DEUXIÈME
de nouveau aux Portugais tout ce qui était à l’est de cette ligne, et donna aux Espagnols tout le pays à l’ouest. Ferdinand avait fait valoir le désir d'étendre la foi chrétienne comme un motif de sa demande au Pape, et dans la bulle cette raison est donnée comme la principale de celles qui ont déterminé le pontife. Pour montrer qu’on s’occupait de ce projet louable, plusieurs religieux, sous la conduite du P. Boyl, Catalan d’une grande réputation dans son état, qu'on revétit de la dignité de vicaire apostolique, furent nommés pour accompagner Colomb et se dévouer à l’instruction des naturels du pays. Les Indiens que Colomb avait amenés avec lui, ayant reçu les notions suffisantes de la doctrine chrétienne, furent baptisés avec beaucoup de solennité, le roi lui-même, le prince son fils et les principaux seigneurs de sa cour leur servant de parrains.
Ferdinand et Isabelle ayant obtenu ainsi un titre qui leur paraissait nécessaire à la souveraineté de tous les pays qu'ils pouvaient découvrir sur une si grande partie du globe, rien ne retarda plus le départ de la flotte. Colomb était extrêmement impatient de revoir la colonie qu’il avait laissée et de suivre la carrière de gloire qu'il s'était ouverte. Il mit à la voile de la baie de Cadix le 25 septembre, et, touchant encore à Vile Gomera, il porta au sud et s’avança dans cette direction plus qu'il n'avait fait dans son premier voyage. Par là il jouit plus constamment du secours des vents alizés qui règnent entre les tropiques, et fut porté vers un groupe diles situées à une grande distance à l’est de celles qu’il avait déjà découvertes. Le vingt-sixième jour après son départ de Gomera, il prit terre à une des Caraïbes ou les du Vent, à laquelle il donna le nom de Deseada (la Désirade), à
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cause du désir que ses gens montraient d'aborder à quelque partie du Nouveau-Monde. Il découvrit ensuite successivement la Dominique, Marie-Galante, la Guadeloupe, Antigoa, Saint-Jean-de-Porto-Rico et plusieurs autres iles qu’il trouva sur sa’ route en avançant vers le nord. Elles étaient toutes habitées par ces peuples cruels que Guacanahari lui avait peints de si effrayantes couleurs. Sa description ne parut pas exagérée. Toutes les fois que les Espagnols débarquérent, ils furent reçus d’une manière qui les convainquait de l'esprit guerrier et de l’audace des insulaires, et ils découvrirent dans leurs habitations les restes des horribles repas dans lesquels ils se nourrissaient des corps de leurs ennemis pris à la guerre.
Colomb était trop empressé de savoir l’état de sa colonie et de lui porter les secours dont il supposait qu'elle avait besoin, pour s’arréter dans aucune de ces îles. Il continua donc sa route vers Hispaniola. Lorsqu'il arriva à la Nativité, où il avait laissé ses trente-huit hommes, il fut fort étonné de n'en voir aucun se montrer et accourir au-devant de leurs compatriotes avec des transports de joie. Inquiet de leur sort, et soupconnant ce qui leur était arrivé, il prit terre. Tous les naturels du pays qui eussent pu lui donner quelques nouvelles de sa colonie s'enfuirent à son approche. Il trouva le fort entièrement démoli ; des lambeaux d’habillements espagnols, des débris de leurs armes et de leurs ustensiles répandus autour de lui ne laissèrent aucun doute sur le destin malheureux de la garnison. Tandis que les Espagnols pleuraient sur ces tristes restes de leurs malheureux compatriotes, on vit arriver un frère du cacique Guacanahari. Colomb apprit de lui ce qui était arrivé après son départ de l’île. Un commerce suivi avec les Espagnols avait diminué peu à
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