LIVRE DEUXIÈME
iles qu'il avait visitées une assez grande quantité de ce métal pour croire qu'on y en trouverait des mines. Le coton, autre production des Indes orientales, était come mun dans ces iles. Le piment lui paraissait être une espèce de poivre d'Inde. Il prenait une racine assez ressemblante à la rhubarbe pour cette drogue précieuse, qu'on supposait alors être une production particulière des Indes orientales. Les oiseaux qu'il avait apportés étaient ornés de plumages de couleurs aussi riches que ceux de l'Asie. L’alligator lui paraissait le même animal que le crocodile. Toutes ces circonstances déterminèrent nonseulement les Espagnols, mais les autres nations de l'Europe, à adopter l'opinion de Colomb. Les pays qu'il avait découverts furent considérés comme faisant partie de l'Inde, et Ferdinand et Isabelle leur donnèrent le nom d’/ndes dans la ratification du traité de Santa- Fé accordée à Colomb à son retour. Lorsque ensuite l'erreur fut découverte et la vraie situation du Nouveau- Monde mieux déterminée, il conserva son premier nom : on l'appelle encore Jndes occidentales, et ses habitants Indiens.
Ce nom si séduisant, les échantillons apportés par Colomb de la richesse et de la fertilité de ces pays nouveaux, l’exagération trop naturelle aux voyageurs que ses compagnons mettaient dans leurs récits, donnèrent de si belles espérances, que le goût des découvertes et des entreprises s'anima tout à coup parmi les Espagnols à un point étonnant. Quoique peu accoutumés aux grands voyages de mer, ils montrèrent la plus grande impatience pour une seconde expédition. Des volontaires de tous les rangs demandaient à être employés. La belle perspective offerte à leur avidité et à leur ambition leur faisait fermer
les yeux sur les dangers et la longueur du voyage. Kerdinand lui-même, paraissant avoir oublié son caractère précautionné et son éloignement pour les entreprises hasardeuses, partageait l'enthousiasme de ses sujets. Il ft faire les préparatifs d’une seconde expédition, et ils furent achevés avec une promptitude à laquelle les Espagnols n'étaient pas accoutumés. Ce nouvel armement, qui paraitrait assez considérable, même dans notre siècle, consistait en dix-sept vaisseaux, dont quelques - uns étaient d’un très-grand port : il s’y embarqua quinze cents personnes, parmi lesquelles se trouvaient beaucoup de gentilshommes qui avaient été employés dans des places honorables. Le plus grand nombre devaient rester dans le pays et s'étaient pourvus de tout ce qui leur était nécessaire pour se défendre et pour former un établissement. Ils emportaient toutes les espèces d'animaux domestiques de l’Europe, toutes les semences et toutes les plantes qui paraissaient devoir réussir sous le climat des Indes occidentales, avec des ustensiles et des outils de toutes sortes. Enfin il y avait parmi eux tous les genres d'ouvriers nécessaires à une colonie qui s'établit. Cependant, quelque importants et bien concertés que fussent ces préparatifs, Ferdinand et Isabelle crurent devoir s'assurer par d’autres précautions la propriété et la possession des pays nouvellement découverts. L’exemple des Portugais et les pensées religieuses de ce siècle leur faisaient une nécessité d’obtenir du Pape la concession de ces nouvelles terres. Mais comme il fallait éviter que cette concession ne contrariàt celle qui avait déjà été faite au Portugal, on établit pour limites entre elles une ligne qu'on supposait tirée d’un pôle à l’autre et passant à cent lieues à l’ouest des Açores; le Pape accorda
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