‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les Espagnols [microforme]Chapitre 67 sur 191 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

pagne consistait seulement en deux cents hommes de pied, vingt chevaux et vingt grands chiens : on peut sans doute trouver étrange d'entendre faire mention de chiens comme faisant partie d'une armée; mais ces animaux n'étaient pas les ennemis les moins redoutables pour les Indiens nus et timides. Tous les caciques de Vile, si on en exceple Guacanahari qui demeura toujours attaché aux Espagnols, avaient rassemblé leurs forces, qui montaient, si nous en croyons les historiens espagnols, à cent mille hommes. Au lieu de tenter d'attirer leurs ennemis dans l'épaisseur de leurs bois et dans les défilés de leurs montagnes, ils eurent l’imprudence de prendre leur poste à Vega-Real, la plus grande plaine de leur pays. Colomb ne leur donna pas le temps de s’apercevoir de leur erreur et de changer leur position ; il les attaqua pendant la nuit, temps où des troupes indisciplinées sont le moins capables d’agir avec quelque concert. La victoire lui fut aisée et ne lui codta point de sang. Le bruit des armes à feu et la charge impétueuse de la cavalerie remplirent les Indiens de terreur, et les chiens, lachés à propos, 2joutèrent tellement à leur trouble et à leur consternation qu'ils jetèrent bas leurs armes et laissèrent le champ de bataille sans faire la moindre résistance. On en tua beaucoup. On en fit prisonniers un plus grand nombre qu'on réduisit en esclavage. Le reste perdit tout espoir et toute pensée de résister désormais à des hommes qu'ils regardaient comme invincibles.

Colomb employa plusieurs mois à parcourir toute Vile, et à la soumettre, sans trouver aucune résistance. Il imposa un tribut sur chaque Indien au-dessus de l’âge de quatorze ans. Tous ceux qui habitaient dans les parties de Vile où l’on trouvait de Vor étaient obligés de fournir tous

les trois mois autant de poudre d’or qu'en tieat un grelot de faucon. Les autres devaient fournir vingt-cinq livres de coton. C'est là la première taxe régulière qui ait été imposée sur les Indiens, et elle à servi de base et d'exemple à des exactions encore plus onéreuses. Colomb s’écartait en cela des maximes de douceur qu'il avait jusqu'alors suivies et recommandées ; mais à cette époque on intriguait puissamment contre lui à la cour pour ruiner son crédit et décrier ses opérations. On rendait des comptes très-désavantageux et de lui-même et des pays qu'il avait découverts. Beaucoup de courtisans voyaient avec envie sa réputation et son crédit croître de jour en jour. Fonseca, chargé de la direction principale des affaires de l'Inde , avait conçu une telle prévention contre Colomb pour des raisons que les écrivains du temps ne font pas connaître , qu'il écoutait avec la plus grande partialité toutes les plaintes qu’on faisait de l'amiral. Il était difficile à un étranger sans amis, sans expérience dans les intrigues de cour, de résister à une cabale si forte. Colomb vit qu'il n’y avait qu'un moyen de soutenir son crédit et de réduire ses adversaires au silence, c'était de fournir une assez grande quantité d’or nonseulement pour justifier ce qu’il avait annoncé des richesses du pays, mais pour engager Ferdinand et Isabelle à poursuivre l'exécution de ses plans. Tel fut le motif qui le détermina à imposer cette pesante taxe sur les Indiens et à en exiger le payement avec une extrême rigueur. C'est tout ce qu'on peut dire pour l’excuser, autant qu'il est possible, de s'être écarté en cette occasion de la douceur et de l’humanité avec lesquelles il avait jusqu'alors traité les malheureux Indiens.

Le travail, l'attention et la prévoyance qu’imposait aux

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