LIVRE DEUXIEME
vertes plus loin. Il proposait différents règlements propres à perfectionner le gouvernement de l'ile et à étouffer Vesprit de sédition, qui , quoique suspendu dans le moment actuel, pouvait se rallumer avec plus de fureur. Roldan et ses associés ne négligèrent pas de leur côté d'envoyer par les mêmes vaisseaux l'apologie de leur conduite et leur récrimination contre l'amiral et ses frères; et malheureusement pour l'Espagne et pour Colomb , ils obtinrent plus de confiance auprès de Ferdinand et d'Isabelle que l’amiral lui-même.
Mais avant de faire connaître les effets que produisit cette prévention de la cour d'Espagne , nous devons détourner l'attention du lecteur sur d’autres événements aussi intéressants par eux-mêmes que par leur liaison avec l’histoire du Nouveau-Monde. Pendant que Colomb poursuivait ses différents voyages à l’ouest, la passion des découvertes se soutenait en Portugal, où elle s'était d’abord montrée, et elle y devenait plus active. Les succès de Colomb et les réflexions des Portugais sur la faute qu'ils avaient faite en rejetant les offres de cet étranger, après avoir excité leurs regrets, leur inspirèrent la noble émulation de le surpasser dans cette carrière, et un désir ardent de dédommager leur patrie de la perte qu’elle avait faite par leur imprudence. Dans cette vue, Emmanuel, qui avait hérité du génie entreprenant de ses prédécesseurs, reprit le grand projet qu'ils avaient eu d'ouvrir une route aux Indes orientales par le cap de Bonne-Espérance. À peine fut-il monté sur le trône qu'il fit équiper une escadre pour cet important voyage. Il en donna le commandement à Vasco de Gama, homme de naissance, que ses vertus, sa prudence et son courage rendaient digne de la confiance qu'on lui montrait. L’escadre ,
ak HISTOIRE D’AMERIQUE.
comme toutes celles qu’on armait pour faire des découvertes, dans ce siècle où la navigation était encore dans l'enfance, était très-faible et consistait seulement en trois vaisseaux qui n'étaient ni d'un port ni d'une force proportionnés au service qu'on en attendait. Les Européens n'avaient encore alors aucune connaissance des vents alizés et des moussons régulières qui, tant dans l'océan Atlantique que dans la mer qui sépare l'Afrique des Indes orientales, rendent la navigation, en quelques temps de l'année, facile et en d’autres non-seulement difficile, mais presque impossible : aussi le temps que Gama avait choisi pour son départ était le plus défavorable qu'on pit prendre dans toute l’année. Il mit à la voile du port de Lisbonne le 9 juillet 4497, et portant au sud , il eut à combattre pendant quatre mois les vents contraires avant de pouvoir gagner le cap de Bonne-Espérance. Là, leur violence s'étant un peu abattue, Gama profita d'un intervalle de beau temps pour doubler ce terrible promentoire qui avait été si longtemps la borne de la navigation des Eurepéens, et tourna ensuite au nord-ouest le long de la côte d'Afrique. Il toucha à différents ports; et après plusieurs aventures que les historiens rapportent en donnant de justes éloges à sa prudence et à son intrépidité , il jeta l'ancre devant la ville de Mélinde. Dans tous ces grands pays qu'on trouve le long des côtes de l’Afrique. depuis la rivière du Sénégal jusqu'aux confins du Zanguebar, les Portugais avaient trouvé une race d'hommes barbares, sans arts, sans connaissances, sans commerce, et différant des Européens autant par leurs traits et leur couleur que par leurs mœurs et leurs gouvernements ; mais, à mesure qu'ils avancaient, ils virent avec une satisfaction extrême la figure des hommes changer insen-
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