‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les Espagnols [microforme]Chapitre 83 sur 191 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

premier l'avait excité parmi les Espagnols. Roderigo de Lastidas, homme de qualité, équipa deux vaisseaux en société avec Jean de la Cosa qui, ayant servi sous Colomb dans deux de ses voyages , avait la réputation d’être un des meilleurs pilotes d’Espagne. Ils firent voile direetement à l'ouest, arrivèrent à la côte de Paria, et, suivant toujours la même direction , découvrirent toute la côte de la province aujourd’hui connue sous le nom de Zerra- Firma, depuis le cap Vela jusqu’au golfe de Darien; peu de temps après, Ojeda, avec son premier associé, Améric Vespuce, entreprit un second voyage, et, ignorant la marche de Lastidas, suivit la même route et toucha aux mêmes endroits. Le voyage de Lastidas eut un heureux succès, celui d'Ojeda fut malheureux ; mais l’un et l’autre accrurent encore l’ardeur pour les découvertes, parce qu'à mesure que les Espagnols acquéraient une connaissance plus étendue de l'Amérique, ils prenaient des idées plus favorables de ses richesses et de sa fertilité.

Ces aventuriers n'étaient pas encore revenus de leurs voyages, qu'on équipa une flotte aux frais du roi pour porter Ovando à Hispaniola en qualité de gouverneur. Sa présence était absolument nécessaire pour arrêter Bovadilla dans ses entreprises et empècher la ruine entière dont son imprudente administration menagait la colo:ie. Il ne pouvait se dissimuler à lui-même la violence et l'injustice de ses procédés à l'égard de Colomb; et pour prévenir les suites qu’il en devait craindre, il faisait son unique objet de se concilier les colons en favorisant toutes leurs passions. Dans cette vue, il avait établi des règlements de police diamétralement contraires à ceux que Colomb avait regardés comme essentiels à la prospérité de la colonie. Au lieu de maintenir une discipline sévère,

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nécessaire pour accoutumer des hommes sans principes et sans mœurs à connaître la subordination et l'autorité des lois, il leur laissait une liberté sans bornes , et allait jusqu’à les encourager dans leurs plus grands excès. Loin de protéger les Indiens, il avait autorisé par les lois mêmes l'oppression de ce malheureux peuple : il avait fait faire un dénombrement exact de ceux qui avaient échappé à la misère et à la tyrannie ; il les avait classés et donnés en propriété aux colons qui lui étaient attachés, de sorte que Vile entière était réduite à l’état de servitude. L’avidité des Espagnols était trop impatiente nour essayer d’autre moyen d'acquérir des richesses que celui d'aller à la recherche de Vor. Ce travail devint pour les Indiens aussi excessif que cruel. On les menait par troupes aux montagnes, et on les forçait de fouiller la mine en leur imposant des tâches réglées sans discrétion et sans humanité. Un travail si peu proportionné à leurs forces et un genre de vie si différent de celui qu’ils avaient mené jusqu'alors détruisaient à vue d’ceil cette race d'hommes faibles, de manière que bientôt il ne serait pas resté trace des anciens habitants de Vile.

La nécessité d'apporter un prompt remède à ces maux hâta le départ d'Ovando. Il avait le commandement de l'armement le plus considérable qu'on eût encore fait pour le Nouveau-Monde. Il consistait en trente-deux vaisseaux , à bord desquels étaient embarqués deux mille cing cents personnes avec le projet de s'établir dans le pays. A l’arrivée du nouveau gouverneur avec un si puissant renfort pour la colonie, Bovadilla eut ordre de remettre son emploi et de retourner en Espagne pour y rendre compte de sa conduite. On ordonna aussi à Roldan et aux autres chefs des mutins qui avaient été les

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