‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les Espagnols [microforme]Chapitre 84 sur 191 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

plus ardents ennemis de Colomb de quitter l'ile. On publia une ordonnance par laquelle les Indiens étaient déclarés sujets libres de l'Espagne, et i on défendit d’exiger d’eux aucun service par force et sans le payer à un prix raisonnable. Quant aux Espagnols eux-mêmes, ils furent soumis à plusieurs règlements tendant à éteindre l'esprit de licence et de mutinerie qui avait été si funeste à la colonie, et à établir le respect pour l’ordre public, sans lequel aucune société ne peut ni subsister ni prendre de l’accroissement. Enfin, pour borner les gains exorbitants que les particuliers étaient supposés faire par le travail des mines, il fut ordonné de porter tout Vor à un seul endroit, où il serait fondu par des officiers publics qui en retiendraient la moitié pour le roi.

Tandis qu'on prenait ces mesures pour la tranquillité et la prospérité de la colonie dont Colomb était le fondateur, il était réduit à l'occupation vulgaire de solliciter auprès d’une cour ingrate ; et, malgré son mérite et ses services, il sollicitait en vain. Il demandait, aux termes de la convention de 1492, d’être rétabli dans son office de vice-roi des contrées qu’il avait découvertes. Malheureusement pour lui, la circonstance qui parlait le plus fortement en faveur de ses droits était précisément celle qui déterminait le jaloux monarque à les méconnaitre. L’étendue de ces riches contrées et l'importance qu’elles acquéraient de jour en jour faisaient regarder à Ferdinand les concessions faites à Colomb comme excessives et contraires à la bonne politique. Il craignait de confier à un sujet une autorité qui paraissait déjà si étendue et qui pouvait devenir formidable. Il fit passer ses craintes dans l'esprit d'Isabelle, et, sous différents prétextes également frivoles et injustes , ils éludèrent l’exécution d’un traité solennel

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qu’ils avaient signé l’un et l’autre. Après avoir consumé deux ans en sollicitations humiliantes, Colomb comprit qu’il lui serait impossible de vaincre les préventions de Ferdinand, et que ce serait désormais en vain qu’il réclamerait les droits de la justice et des services rendus auprès d’un monarque aussi intéressé qu’ingrat.

Ces injustices, loin de le décourager, ne l’empéchèrent même pas de suivre le grand objet qui avait mis son génie en activité et qui l'avait déjà conduit à ses découvertes. Son projet favori avait toujours été d'ouvrir une nouvelle route aux Indes orientales. Il en était encore uniquement occupé. Ses observations dans son voyage à Paria, quelques indications obscures qu’il avait reçues des Indiens de cette côte, ou peut-être aussi quelques circonstances du récit de l'expédition de Ladislas et de la Cosa, lui faisaient croire que par delà le continent de l’Amérique il y avait une mer qui s’étendait jusqu'aux Indes orientales, et qu'il pourrait trouver quelque isthme par lequel il serait facile d'établir une communication entre cette mer encor” inconnue et l’ancien Océan. Il conjeeturait très-heureusement que ce détroit ou cet isthme était situé près du golfe de Darien. Plein de cette idée, on le vit, quoique déjà avancé en âge et accablé d'infirmités, s'offrir, avec l’ardeur d'un jeune aventurier, hentreprendre un nouveau voyage dans la vue de vérifier cette conjecture et d'accomplir ainsi le grand projet qu'il avait toujours voulu exécuter. Les circonstances étaient favorables pour lui faire obtenir de Ferdinand et d'Isabelle les secours nécessaires à cette expédition. Ils étaient bien aises d’avoir un prétexte honorable pour éloigner de la cour, en l’employant, un homme dont leur politique ne leur permettait pas d'accueillir les demandes, et dont il eût été indécent

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