‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les Espagnols [microforme]Chapitre 86 sur 191 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

avec une violence terrible. Colomb, qui avait prévu le danger et pris toutes ses précautions, sauva sa petite escadre. La flotte destinée pour l'Espagne eut le sort que méritait la ridicule obstination des commandants. De dix-huit vaisseaux , deux ou trois seulement échappèrent. Bovadilla, Roldan ct la plus grande partie des ennemis les plus ardents de Colomb et des oppresseurs des Indiens périrent. Toutes les richesses qu'ils emportaient, acquises par tant d'injustices et de cruautés, furent englouties dans les flots. Elles montaient à deux cent mille pesos , somme immense en ce temps-là. Parmi le petit nombre des vaisseaux qui échappèrent, se trouva celui qui portait les effets que Colomb avait sauvés des ruines de sa fortune. Tous les historiens, voyant dans cet événement une distinction si marquée et si juste de l’innocent d'avec le coupable , et une dispensation si équitable de la peine et de la récompense, ont cru y reconnaitre l'action immédiate de la Providence divine , qui vengeait les torts d'un homme de bien persécuté et punissait les oppresseurs d’un peuple innocent.

Colomb quitta bientôt Vile où il avait été si mal accueilli, et fit voile vers le continent. Après une longue et dangereuse navigation , il découvrit Guanaza, ile voisine de la côte d'IHonduras. Il vy communiqua avec quelques habitants de la Grande-Terre, qui y venaient avec de grands canots. [ls lui parurent plus civilisés et plus avancés dans la connaissance des arts utiles qu'aucune des nations qu'il avait jusqu'alors découvertes. Les lspagnols demandant, avec leur empressement ordinaire, de quel pays venait l'or que les Indiens portaient comme ornement, ces Indiens montrerent l'ouest, donnant à entendre que Vor y était si abordant qu'on l'emplovait

aux usages les plus communs. Au lieu d'aller à la recherche de ces pays si attrayants, ce qui l'aurait conduit, en suivant la côte d’Yucatan, au riche empire du Mexique, Colomb, toujours attaché à son premier et grand projet de trouver un détroit qui communiquat avec l'océan Indien, porta à l’est vers le golfe de Darien. Il découvrit dans cette route toute la côte du continent, depuis le cap Gracias-à-Dios jusqu'au havre de Porto-Bello, auquel il donna ce nom pour sa beauté et sa sûreté. Il chercha inutilement son détroit, et, quoiqu'il prit terre souvent et s’avancat dans l'intérieur, il n'y pénétra pas assez avant pour traverser et reconnaitre l’isthme étroit qui sépare le golfe du Mexique de la grande mer du Sud. La beauté du pays le charma tellement, et il conçut une idée si favorable de sa richesse par les monceaux d’or que les naturels lui firent voir, qu’il résolut de laisser une petite colonie sur la rivière de Belem, dans la province de Veragua , sous les ordres de son frère, et de retourner en Espagne pour en rapporter tout ce qui était nécessaire à un établissement solide. Mais l'esprit indomptable de mutinerie et l'indiscipline des hommes qu’il avait à conduire le privèrent de la gloire de former la première colonie européenne sur le continent de l'Amérique. Leur insolence et leur rapacité forcérent les Indiens à prendre les armes, et, comme ils étaient plus braves que les habitants des iles, ils détruisirent une partie des Espagnols, et obligèrent le reste d'abandonner un poste dans lequel ils ne pouvaient plus se maintenir.

Cet échec, le premier que les Espagnols eussent recu en Amérique , ne fut pas le dernier malheur de Colomb ; il fut suivi de tous les désastres auxquels des navigateurs peuvent être exposés. Des ouragans furieux , des tem-

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