‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les Espagnols [microforme]Chapitre 99 sur 191 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

que, quoique l’empereur lui eût envoyé ces présents comme une marque des égards qu'il avait pour le prince que Cortés représentait, il ne consentait point à ce que des troupes étrangères approchassent davantage de sa capitale, ou même demeurassent plus longtemps dans ses domaines, le général espagnol déclara plus positivement encore qu'auparavant qu'il ne se relâcherait point de sa première demande, et qu’il ne pourrait sans honte retourner auprès de son souverain, s’il n'avait été admis en la présence du prince qu'il était venu visiter de sa part. Les Mexicains, étonnés de voir un homme qui osait s'opposer à une volonté qu'ils étaient accoutumés à regarder comme irrésistible, effrayés en même temps du danger de précipiter leur pays dans une guerre ouverte avec de si terribles ennemis, demandèrent et obtinrent de Cortés la promesse qu’il resterait dans son camp jusqu'au retour d’un messager qu'ils envoyaient à Montézuma pour recevoir de nouveaux ordres.

La fermeté avec laquelle Cortès persistait dans sa résolution devait naturellement conduire la négociation entre lui et l’empereur à une prompte issue, puisqu'elle ne laissait à celui-ci d'autre parti que de recevoir les Espagnols avec une confiance entière ou de les traiter ouvertement en ennemis. Ce dernier parti était celui auquel il y avait lieu de s'attendre de la part d'un monarque hautain et puissant. L'empire du Mexique était alors à un point de grandeur auquel n’a peut-être atteint aucune grande société policée en si peu de temps. Quoiqu'il ne subsistât que depuis cent trente ans, sa domination s’étendait de la mer du Nord à la mer du Sud, sur un territoire de plus de cing cents lieues de l’est à l’ouest, et de plus de deux cents lieues du sud au nord, et com-

prenait des provinces qui, en fertilité, en population, en richesses, ne le cédaient à aucun des pays de la zone torride. La nation était guerrière et entreprenante, l'autorité du monarque illimitée et ses revenus considérables. Si, avec les forces qu’on pouvait réunir en un moment dans un tel empire, Montézuma fût tombé sur les Espagnols lorsqu'ils étaient encore campés sur une côte stérile et malsaine,.sans aucun allié dans le pays, sans place de retraite, sans provisions, malgré tous les avantages de leur discipline et de leurs armes, ils n'auraient pu résister à un pareil choc; ou ils auraient péri dans un combat si inégal, ou ils auraient abandonné leur entreprise.

La puissance de Montézuma le mettait en état de prendre ce parti vigoureux, et son caractère même semblait l’y porter. De tous les princes qui avaient tenu le sceptre du Mexique, il était le plus haut, le plus violent et le plus éloigné de souffrir la moindre résistance à ses volontés. Ses sujets le voyaient avec crainte, et ses ennemis avec terreur. Il gouvernait les premiers vec une'sévérité terrible; mais ils avaient une si grarde opinion de son habileté qu’ils étaient forcés de le respecter, et les victoires nombreuses qu'il avait remportées sur ses ennemis avaient répandu au loin la terreur de ses armes et avaient ajouté plusieurs grandes provinces à son empire. Mais quoiqu'il eût peut-être assez de talents pour gouverner le Mexique dans l’état de civilisation imparfaite où était cet empire et dans le cours ordinaire des choses, ces talents étaient bien insuffisants pour une conjecture si extraordinaire, et ne le mettaient pas en état de se décider avec la justesse et la promptitude nécessaires dans un moment si critique.

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