LIVRE TROISIÈME
S étant jetés dans une rébellion ouverte, et ne voyant pour eux aucun salut s'ils ne s'attachaient inviolablemenl aux Espagnols, conclurent bientôt une alliance avec eux, en se reconnaissant vassaux du roi d'Espagne. Leur exemple fut suivi par les Totonaques, nation courageuse qui habitait les montagnes voisines; et tous, s^étant soumis volontairement a la couronne de Caslille , offrirent d'accompagner Cortès avec toutes leurs forces a Mexico.
Il y avait a cette époque trois mois que Cortès était dans la Nouvelle-Espagne, et, quoique tout ce temps n'eût pas été marqué par des entreprises militaires, chaque moment avait été consacré a des opérations qui , moins brillantes peut-être, étaientd'une plus grande importance. Par son adresse a s'attacher son armée et a conduire ses négociations avec les Indiens, il jetait les fondements de ses succès futurs. Mais quelque bien concerté que fut son plan, il ne pouvait se dissimuler que, son droit au commandement étant émané d'une autorité qu'on pouvait contester, la sienne était elle-même chancelante et précaire. Velasquez ne pouvait manquer de se plaindre au roi des insultes qu'il avait reçues de Corîès, et pouvait présenter la conduite d'un officier subalterne qui s'était joué de ses ordres, de manière à lui attirer une prompte destitution et une punition sévère. Avant de se mettre en marche, le général crut devoir prévenir ce coup. Dans cette vue , il persuada aux magistrats de la colonie d'adresser au roi une lettre contenant un long détail de leurs services; une description pompeuse du pays qu'ils avaient découvert, de ses richesses, de sa population, de sa civilisation et de ses arts; un tableau des progrès qu'ils j avaient déjà faits en soumettant plusieurs provinces k la couronne de Castille, et des moyens qu'ils se proposaient
d'employer pour en achever la conquête : enfin un long exposé des motifs qui les avaient déterminés a renoncer a toutes liaisons avec Velasquez pour établir une colonie dépendant immédiatement du roi lui-même, et d'en confier a Cortès le gouvernement , tant civil que militaire : ils finissaient par supplier humblement le roi de ratifier par son autorité tout ce qu'ils avaient fait. Cortès écrivit dans les mêmes vues ; et , comme il savait fort bien que la cour d'Espagne, accoutumée à voir exagérer les richesses des pays nouveaux par ceux qui les découvraient, n'accorderait que peu de croyance à la description merveilleuse qu'on lui faisait de la Nouvelle-Espagne, si l'on n'y joignait des échantillons des riches productions qu'elle fournissait, il pressa ses soldats d'abandonner ce qu'ils pouvaient réclamer pour leur part des trésors qu'on avait jusque-la rassemblés, afin qu'on pût les envoyer en entier au roi. Tel était l'ascendant de Cortès sur son armée, et telles étaient les espérances romanesques que les Espagnols se formaient de la richesse des pays qu'ils allaient conquérir, qu'une troupe d'aventuriers indigents et avides fut capable de ce généreux effort, et fit k son souverain le plus riche présent que le Nouveau-Monde ait fait à l'Espagne. Porlo-Carrero et Montejo, principaux magistrats de la colonie , furent nommés pour aller porter le présent , avec défense expresse de toucher à Cuba dans leur route vers l'Europe.
Tandis qu'on armait le vaisseau qui devait les conduire, un événement inattendu causa une alarme générale. Quelques soldats et quelques matelots, partisans cachés de Velasquez ou effrayés a la vue des dangers inséparables d'une expédition où il s'agissait de pénétrer avec une poignée d'hommes jusque dans le cœur d'un