‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les EspagnolsChapitre 99 sur 187 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

qu'il s'ëcarlàt de la roule qu'il s'était déjà proposé de suivre en s'avançant dans le pays. Quelques officiers employés a visiter la côte ayant reconnu un village nommé Quiabislan, a environ quarante milles au nord, qui, a raison de la fertilité du sol environnant et de la bonté de son havre, semblait être un poste plus commode que celui que les Espagnols avaient jusqu'alors occupé , Cortès était déterminé a y transporter son camp. Zempoalla se trouvait sur son chemin. Le cacique le reçut aussi bien que Cortès pouvait l'espérer. 11 lui fit des présents et des caresses qui montraient un extrême désir de gagner sa bienveillance, le traita comme un libérateur, et lui montra un respect porté presque jusqu'à l'adoration. Cortès apprit de lui plusieurs particularités du caractère de Montézuma et les causes de la haine de ses sujets pour lui. Montézuma, lui disait en pleurant le cacique, était un tyran hautain, cruel et soupçonneux, qui traitait ses sujets avec une arrogance extrême , ruinait les provinces par des exactions, enlevait les enfants aux pères et aux mères pour les immoler a ses dieux. Cortès , dans sa réponse au cacique, lui insinua adroitement qu'un des principaux objets des Espagnols, en visitant des pays si éloignés de leur patrie, était de redresser les torts et de délivrer les hommes de l'oppression, et, lui ayant fait espérer ses secours quand il en serait temps, il continua sa marche vers Quiabislan.

Le lieu que ses officiers lui avaient indiqué lui parut si favorablement situé et si bien choisi, qu'il y (raça sur-lechamp le plan d'une ville. Les maisons ne devaient être que des huttes, mais enceintes de remparts assez forts pour résister à l'attaque d'une armée d'Indiens. Comme ces fortifications étaient nécessaires, tant a l'établisse-

ment et a la conservation de la colonie qii^k Texécution du dessein que le général et les soldats avaient de s'avancer dans le pays, soit pour se ménager un lieu de retraite, soit pour conserver leur communication avec la mer , toute Farmée, officiers et soldats, mit la main à Tœuvre; €ortès lui-même leur donnait Texemple de Factivité et de la constance dans le travail. Les Indiens de Zempoalla et de Quiabislan les aidèrent 5 et ce petit poste, par lequel commencèrent des établissements nombreux et puissants , fut bientôt en état de défense.

Pendant que ces travaux essentiels s'exécutaient, Cortès avait des entrevues avec les caciques de Zempoalla et de Quiabislan, et, profitant de leur étonnement et de leur admiration a la vue des objets nouveaux qu'on présentait à leurs yeux, il leur inspira par degrés une si haute opinion des Espagnols , il leur persuada si bien que leurs hôtes élaientdes êtres d'un ordre supérieur a qui rien ne pouvait résister, que, comptant sur la protection de ces étrangers, ils osèrent braver le pouvoir de l'empereur au nom duquel ils étaient accoutumés a trembler.

Quelques-uns des officiers de Montézuma se présentèrent pour lever le tribut ordinaire, et pour demander un certain nombre de victimes humaines pour l'expiation de la faute que ces deux nations venaient de commettre en entretenant quelque commerce avec des étrangers a qui l'empereur avait ordonné de sortir de ses domaines. Au lieu d'obéir à ses ordres, les Zempoallans se saisirent des envoyés du monarque, les maltraitèrent, et, comme leur superstition n'était pas moins atroce que celle des Mexicains, ils se disposaient a les sacrifier à leurs dieux. Cortès les en empêcha, en leur montrant la plus grande horreur pour cette abomihable pratique. Lesdeuxcaciques,

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