‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les EspagnolsChapitre 103 sur 187 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

saisirent les ambassadeurs, et, sans égard pour leur caractère, se disposèrent h les sacrifier a leurs dieux. En même temps ils assemblèrent leurs troupes pour s'opposer a Tinvasion de ces inconnus, s^ils tentaient de se faire un passage par force. Plusieurs motifs poussaient les habitants a cette résolution. Un peuple féroce, renfermé dans son pays et presque sans communication au dehors, est disposé a considérer tout étranger comme ennemi, et court facilement aux armes. Le projet de Cortès, de fairô^une visite a Montézuma, dans sa capitale, leur faisait croire, malgré toutes les protestations de rétranger, qu^il recherchait Tamitié à\\n monarque objet de leur haine et de leur crainte. Le zèle imprudent que Cortès avait montré en renversant les temples de Zempoalla remplissait les Tiascalans d'horreur ; et comme ils n'étaient pas moins superstitieux que les autres nations de la iNouvelle-Espagne, ils avaient la plus grande impatience de venger les insultes faites à leurs dieux, et de se faire auprès de leurs idoles un mérite d'immoler les hommes impies qui avaient osé profaner leurs autels. Us méprisaient les Espagnols à raison de leur petit nombre, parce qu'ils ne s'étaient pas encore mesurés avec ces étrangers, et qu'ils n'avaient aucune idée de Tavanlage que peut donner la supériorité des armes et de la discipline.

Cortès, après avoir inutilement attendu quelques jours le retour de ses envoyés, s'avança sur le territoire des Tiascalans. Les résolutions de ce peuple guerrier s'exécutaient avec la même promptitude qu'elles se formaient. Les Espagnols trouvèrent devant eux un corps de troupes destiné a les arrêter dans leur marche. Les Indiens attaquèrent avec une grande intrépidité, et dans la première

action blessèrent quelques Espagnols et leur tuèrent deux chevaux, perte fort considérable, parce qu'elle ne pouvait pas se réparer. Cet événement fit sentir a Cortès la nécessité de s'avancer avec précaution au milieu d ennemis si courageux. L'armée marcha en bon ordre. On choisit des postes, on s'arrêta a propos, on se fortifia dans chaque camp. Durant quatorze jours les Espagnols essuyèrent des attaques presque continuelles, renouvelées, sous diverses formes et par des corps nombreux, avec une bravoure et une persévérance dont ils n avaient point encore vu d'exemples dans le Nouveau-Monde. Leurs historiensdécriveni toutes ces actions avec pompe, en entrant dans les détails les plus minutieux et en mêlant aux faits étonnants et réels beaucoup de circonstances incroyables et exagérées. Mais toutes les ressources du langage ne peuvent rendre intéressant un combat où le danger est si inégal des deux côtés. Les descriptions les plus soignées d'un plan de bataille ou des vicissitudes d'un combat ne peuvent exciter ni l'attention ni l'intérêt, lorsqu'elles se terminent constamment en présentant d'une part des milliers de morts, tandis que de l'autre on ne perd pas un seul homme.

On peut cependant recueillir de leurs récits quelques circonstances remarquables, en ce qu'elles font connaître en même temps le caractère des habitants de la Nouvelle- Espagne et celui de leurs vainqueurs. Quoique les Tlascalans se missent en campagne avec des armées nombreuses qui semblaient devoir écraser les Espagnols, ils ne purent jamais entamer le petit bataillon des Européens. Ce fait, tout singulier qu'il est, n'est pas inexplicable. LesTlascalans, quoique continuellementen guerre, ne connaissaient, comme toutes les nations barbares, aucun ordre, aucune

Page 1