‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les EspagnolsChapitre 104 sur 187 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

«liscipline militaire. Ils perdaient tout i avantage qu'ils auraient pu retirer de leur nombre et de Timpétuosité de leur attaque, par le soin constant qu'ils avaient, au milieu de l'action, d'emporter les blessés et les morts. Ce point d'honneur, fondé sur une sensibilité naturelle a Thomme et fortifié par le désir de dérober les corps de leurs compatriotes a des ennemis qui les dévoraient , était universel parmi les peuples de la Nouvelle-Espagne. Ce pieux devoir, les occupant pendant la chaleur du combat, les désunissait et diminuait la force de l'impression qu'ils auraient pu produire en se tenant plus serrés.

Non-seulement ils ne tiraient aucun avantage de leur nombre, mais Timperfection de leurs armes rendait encore leur valeur sans effet. Après trois batailles et un grand nombre d'escarmouches, il n'y avait pas encore eu un Espagnol de tué : leurs flèches et leurs lances, armées de pierres pointues ou d'os de poisson , leurs piques faites dun bois aiguisé et durci au feu, leurs épées de bois, étaient des armes redoutables pour des Indiens nus, mais ne pouvaient pénétrer ni les boucliers des Espagnols, ni leur corselets piqués ^\)pe\ésescaupiles, LesTlascalans s'avançaient courageusement à la charge et combattaient souvent en corps. Beaucoup d'Espagnols furent blessés , mais tous légèrement-, ce qu'il ne faut pas attribuer au défaut de courage de leurs ennemis, mais à l'inégalité des armes dont ils se servaient.

Malgré la furie avec laquelle lesTlascalans combattaient les Espagnols, ils se conduisaient envers eux avec une sorte de générosité. Ils les avertissaient quelquefois qu'ils allaient les attaquer 5 et comme ils savaient que ces étrangers manquaient de vivres, et qu'ils imaginaient peutêtre, comme les autres Américains, que ces Européens

n'avaient quitté leur pays que parce qu'ils n\ trouvaient pas assez de subsistance , ils envoyaient a leur camp de grandes quantités de volailles et de maïs, en leur faisant dire qu'ils eussent a se bien nourir, parce qu'ils dédaignaient d'attaquer des ennemis affaiblis par la faim ^ qu'ils croiraient manquer de respect a leurs divinités en leur offrant des victimes affamées , et qu'ils craignaient que les Espagnols, devenus trop maigres, ne fussent plus bons à manger.

Cependant, lorsque, dans les combats multipliés qu'ils livrèrent aux Espagnols, ils s'aperçurent qu'il n'était pas aisé d'exécuter ces menaces, et que, malgré toute leur valeur, dont ils avaient une très-haute opinion, il n'y avait pas un Espagnol de tué ou de pris, ils commencèrent a croire qu'ils avaient affaire a des êtres d'une nature supérieure, contre lesquels les forces humaines ne pouvaient rien. Dans celte extrémité, ils eurent recours a leurs prêtres, qu'ils pressèrent de leur expliquer des événements si extraordinaires, et de leur enseigner quelque moyen de repousser ces terribles conquérants. Les prêtres, après des sacrifices et des cérémonies magiques, répondirent que ces étrangers étaient enfants du soleil et produits par la vive énergie de cet astre dans les régions de l'est^ que de jour, soutenus par l'influence de ses rayons paternels, ils étaient invincibles ^ mais que la nuit, privés de sa chaleur vivifiante, leur force déclinait, qu'ils se flétrissaient comme les plantes dans les champs, et s'affaiblissaient jusqu'à devenir semblables aux autres hommes.

Des théories bien moins plausibles ont souvent pris du crédit chez des nations plus éclairées et ont dirigé leur conduite. En conséquence de la réponse des prêtres, les Tlascalans, pleins d'une confiance aveugle en des hommes

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