‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les EspagnolsChapitre 111 sur 187 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

uonvèrent supérieure a toul ce qu'ils avaient vu en Amérique, tant par le nombre de ses Iiabitants que par la beauté de ses édifices, et par des particularités qui la rendaient absolument différente de toutes les villes d'Europe.

Mexico, appelé anciennement par les Indiens Tenuchtitlan, est situé dans une grande plaine environnée de montagnes assez hautes pour que son climat soit doux et sain, quoique sous la zone torride. Toutes les eaux qui descendent des hauteurs se rassemblent dans différents lacs communiquant les uns aux autres. Le plus grand a environ neuf milles de circuit-, Teau d'un de ces lacs est douce, celle des autres est saumâtre. C'était sur les bords d'un de ceux-ci et sur quelques lies voisines qu'était bàlie la capitale du Mexique. On arrivait à la ville par des chaussées de pierre et de terre d'environ trente pieds de largeur. Comme les eaux des lacs inondaient la plaine dans la saison des pluies, ces chaussées s'étendaient très-loin. Celle de Tacuba, a l'ouest, était d'un mille et demi^ celle de Tepeace, au nord-ouest, de trois milles^ celle de Cuoyacan, au sud, de six milles. Du côté de l'est il n'y avait point de chaussée, et on ne pouvait arriver a la ville qu'en canot. A chaque chaussée il y avait des ouvertures de distance en distance, par lesquelles les eaux communiquaient d'un côté à l'autre, et sur ces ouvertures des madriers recouverts de terre et qui servaient de ponts. La construction de la ville n'était pas moins remarquable que les avenues en étaient singulières. Nonseulement les temples, mais aussi les maisons appartenant au monarque et aux personnes de distinction pouvaient être appelés magnifiques, en comparaison des édifices qu'on avait trouvés dans le reste de TAmérique. Les habitations du peuple étaient malpropres, ressem-

blant aux Inities des autres îndiens^ mais elles étaicni placées avec régularité sur les bords des canaux qui passaient dans la ville en certains quartiers, ou le long dos rues qui la partageaient. On y trouvait de grandes places, parmi lesquelles on dit que celle du grand marché pouvait contenir quarante ou cinquante mille personnes. Ceux des Espagnols qui ont mis le plus de modération dans leurs calculs comptaient, à Mexico, au moins soixante mille habitants- l'industrie humaine, privée du fer et du secours de tout animal domestique, n'a jamais élevé un plus grand monument.

La nouveauté de ces objets pouvait amuser et étonner les Espagnols, mais ils n'en éprouvaient pas moins une grande inquiétude sur le danger de leur situation. Un concours de circonstances inattendues et favorables leur avait permis de pénétrer jusqu'au centre d^m grand empire, et ils s'étaient établis dans la capitale sans aucune opposition ouverte de la part du monarque. Les ïlascalans les avaient constamment détournés d'entrer dans une ville telle que Mexico, dont la situation singulière les livrerait a la merci de Montézuma, en qui ils ne pouvaient avoir aucune confiance, et d'où il leur serait impossible d'échapper. Ils avaient averti Cortès que, si Tempereur s'était déterminé a les recevoir dans sa capitale, c'était par le conseil des prêtres, qui lui avaient indiqué, au nom de leurs dieux, ce moyen de détruire en un coup et sans risque tous les Espagnols. Le général voyait alors clairement que les craintes de ses alliés n'étaient pas sans fondement-, qu'en rompant les ponts placés de distance en distance sur les chaussées, ou en détruisant des parties entières des chaussées mêmes, sa retraite deviendrait impraticable, et qu'il demeurerait

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