‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les EspagnolsChapitre 112 sur 187 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

enfermé au milieu d'une ville ennemie, environné d'une multitude qui pouvait Taccabler sans qu'il pût recevoir aucun secours de ses alliés. A la vérité, Montézuma Tavait reçu avec de grandes marques de respect^ mais pouvaient-elles être regardées comme sincères.^ Quand elles l'auraient été, qui pouvait leur répondre qu'elles se soutiendraient.? Leur salut dépendait de la volonté d'un prince sur l'attachement duquel ils n'avaient aucune raison de compter, et dont un ordre donné par caprice, ou un seul mot échappé dans la colère pouvait décider irrévocablement leur perte.

Ces réflexions qui se présentaient au dernier des soldats n'échappaient pas au général. Avant de partir de Cholula, il avait appris des Espagnols de Yilla-Rica que Qualpopoca, un des généraux mexicains, commandant sur la frontière, avait assemblé une armée dans le dessein d'attaquer quelques-unes des provinces que les Espagnols avaient engagées a secouer le joug, et qu'Escalante avait marché au secours de ses alliés avec une partie de sa garnison- que dans un combat, où les Espagnols étaient demeurés victorieux, Escalante avait été blessé a mort, et qu'il y avait eu sept Espagnols tués et un autre enveloppé par les ennemis et pris vivant^ que la tète du malheureux prisonnier avait été portée en triomphe dans différentes villes, pour faire voir aux Indiens que leurs ennemis n'étaient pas immortels, et envoyée ensuite a Mexico. Cortès, quoique alarmé de cet avis qui lui faisait connaître les intentions de Montézuma, avait continué sa marche, mais il ne fut pas plutôt dans Mexico qu'il s'aperçut de la faute où l'avaient jeté un excès de confiance dans la valeur et la discipline de ses troupes, et le défaut de guide dans un pays inconnu, où

il ne pouvait communiquer ses idées que d'une manière très-imparfaite. Il reconnut qu'il s'était engagé dans une situation où il était aussi dangereux pour lui de rester, qu'il lui était difficile d'en sortir. Tenter une retraite, c'était s'exposer à tout perdre. Le succès de son entreprise dépendait de l'opinion que les peuples de la Nouvelle-Espagne s'étaient formée de la force invincible des Espagnols. Au premier signe de crainte que ceux-ci laisseraient apercevoir, Montézuma, qui n'était retenu lui-même que par la crainte, armerait contre eux tout son empire. Cortès était en même temps persuadé qu'il n'y avait qu'une suite non interrompue de victoires, et des succès complets et extraordinaires qui pussent le faire avouer de son souverain, et couvrir les fautes et l'irrégularité de sa conduite. Toutes ces considérations lui firent sentir la nécessité de garder le poste qu'il avait pris, et il vit que, pour se tirer de l'embarras où l'avait jeté une démarche hardie, il fallait en risquer une autre plus hardie encore. Le danger était grand, mais les ressources de son esprit étaient plus grandes encore. Après avoir pesé la matière avec une profonde attention, il s'arrêta a une idée aussi étrange qu'audacieuse. Il imagina d'aller saisir Montézuma dans son palais et de le conduire prisonnier au quartier des Espagnols. Il espérait qu'en se rendant maître de la personne de l'empereur, le respect superstitieux des Mexicains pour leur .monarque, et leur soumission aveugle a toutes ses volontés, mettraient bientôt entre ses mains tout le pouvoir du gouvernement, ou qu'au moins, ayant en sa puissance un otage si sacré, lui et les siens seraient a couvert de toute violence.

Il proposa sur-le-chaiùp son projet a ses officiers. Les

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