‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les EspagnolsChapitre 115 sur 187 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

plus léger. Leur douleur et leur désespoir ne se calmèrent que lorsque Cortès, revenu de Texécution de Qualpopoca avec une contenance satisfaite, ordonna qu'on ôtât les fers a Montézuma. Ce prince, qui d'abord avait montré une faiblesse indigne d'un homme, se livra sur- 'le-champ à une joie indécente, et passa, sans intervalle, de Texcès du désespoir aux transports de la reconnaissance et de la tendresse envers ses libérateurs.

Ces faits, tels qu'ils sont racontés par les historiens espagnols eux-mêmes, s'accordent peu, sans doute, avec les qualités qui distinguent Cortès dans d'autres parties de sa conduite. Exercer un droit qui ne peut appartenir a un étranger, lequel ne se donnait lui-même que comme l'envoyé d'un souverain étranger ^ infliger une peine capitale et un supplice cruel a des hommes dont la conduite méritait son estime, est une atrocité sans exemple; mettre aux fers le monarque d'un grand royaume, et, après lui avoir fait essuyer un traitement si ignominieux, lui rendre la liberté, c'est faire du pouvoir l'abus le plus étrange.

On n'explique cette conduite qu'en disant que Cortès, enivré de ses succès et présumant tout de l'ascendant qu'il avait pris sur les Mexicains, ne trouvait rien de trop hardi a entreprendre, ni de trop dangereux a exécuter. Mais a voir la chose d'un certain côté, ses procédés, quoique contraires à la justice et a l'humanité, peuvent avoir été dictés par la même politique artificieuse que le général semble avoir constamment suivie. Aux yeux des Mexicains, les Espagnols avaient paru des êtres au-dessus de Thomme. Il était de la plus grande importance pour Cortès de nourrir cette erreur et de maintenir le respect qui en était la suite. Cortès voulait

persuader aux Indiens que le meurtre d'un Espagnol était le plus grand des crimes, et rien ne lui paraissait plus propre a établir cette opinion que de condamner a une mort cruelle les premiers Mexicains qui avaient osé le commettre, et d'obliger leur souverain lui-même a se soumettre à une punition honteuse pour expier la part qu'il avait eue au crime de ses sujets.

La rigueur avec laquelle Cortès traita les malheureux Mexicains qui avaient osé porter leurs mains sur les Espagnols paraît avoir produit Teffet qu'en attendait Cortès. Montézuma demeura abattu et soumis. Durant six mois que Cortès passa a Mexico, le monarque continua de rester dans le quartier des Espagnols, avec Tapparence de la tranquillité et de la satisfaction, comme si ce séjour eût été de son choix. Ses ministres et ses domestiques le servaient a leur manière accoutu.'née. Il prenait connaissance de toutes les affaires. Tous les ordres se donnaient en son nom. L'aspect du gouvernement paraissait le même, et, comme toutes les formes anciennes subsistaient, la nation, qui ne s'apercevait d'aucun changement, continuait a obéir au monarque avec la même soumission et le même respect. Les Espagnols avaient inspiré a Montézuma et a ses sujets tant de crainte ou de respect, qu'il ne se fit pas une seule tentative pour délivrer le souverain de sa prison. Cortès même, se confiant sur l'ascendant qu'il avait pris, permettait a Montézuma non-seulement d'aller aux temples, mais même de chasser au delà des lacs, accompagné d'une garde d'un petit nombre d'Espagnols qui suffisaient pour en imposer a la multitude et s'assurer du roi prisonnier.

Ainsi Cortès s'étant rendu maître de la personne de Montézuma , son heureuse témérité valut tout d'un coup

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