LIVRE TROISIÈME
solution et de riutrépidité nécessaires dans les situations qui ne laissent qu'un seul objet d'espérance, et il se détermina a faire un dernier et courageux effort en risquant de combattre, malgré tous ses désavantages, plutôt que de sacrifier ses conquêtes et les intérêts de TEspagne dans le Mexique.
Quoique Cortès prévît bien qu'il en faudrait toujours venir k décider ses différends avec Narvaès par le sort des armes, il pensa qu'il serait non-seulement indécent, mais criminel d'attaquer ses compatriotes sans avoir auparavant tenté la voie des négociations. Il employa pour cela son aumônier Olmedo, que son caractère rendait trèspropre a cet emploi, qui avait d'ailleurs l'adresse et la prudence nécessaires pour y réussir. Narvaès rejeta avec dédain toutes les propositions d'accommodement que lui lit Olmedo, et ce ne fut qu'avec beaucoup de peine qu'on l'empêcha de maltraiter cet ecclésiastique et ceux qui l'accompagnaient^ mais les envoyés de Cortès trouvèrent un accès plus favorable parmi les troupes. Ils avaient apporté diverses lettres de leur chef et de ses officiers à leurs anciens amis et compagnons. Les lettres étaient accompagnées de présents, comme d'anneaux, de chaînes d'or et d'autres bijoux précieux, propres à donner k ces aventuriers de grandes idées de la richesse de Cortès, et a leur faire envier le bonheur de ceux de leurs compatriotes qui étaient engagés à son service. Quelques-uns, espérant dès lors une part dans ces trésors, se déclarèrent pour un accommodement avec Cortès. D'autres, par amour du bien public, voulaient qu'on prévînt une guerre civile qui ne manquerait pas, quelque parti qui l'emportât, (1 ébranler et peut-être de renverser entièrement la puissance des Espagnols dans un pays où elle était en-
core si imparfaitement établie. Narvaès ne daigna écouter aucun de ces avis, et déclara, par un acte public, Cortès^ et ses compagnons rebelles et ennemis de leur pays. Il est probable que Cortès, connaissant Farrogance de Narvaès, s'attendait à cette réponse. Après avoir donné une preuve de ses dispositions pour la paix, et justifié ainsi la nécessité où il serait de recourir k d'autres moyens, il se détermina à marcher contre un ennemi qu'il avait inutilement tenté de fléchir.
Il laissa en partant cent cinquante hommes dans la capitale, sous le commandement de Pedro d'Alvarado, officier d'un grand courage, et pour lequel les Mexicains même avaient conçu beaucoup de respect. C'est a cette faible garnison qu'il confia la garde d'une grande ville, de tous les trésors qu'il avait amassés, et ce qui est plus important encore, du monarque prisonnier. Il employa toute son adresse à cacher à Montézuma la véritable cause de son départ. Il s'efforça de lui persuader que les étrangers nouvellement arrivés étaient ses amis, sujetsdu même souverain, et qu'après une courte entrevue ils partiraient tous ensemble pour retourner dans leur patrie. Montézuma, ne pouvant pénétrer les desseins des Espagnols, ni concilier ce qu'on lui disait avec les déclarations de Narvaès, craignant d'ailleurs de laisser voir aucune marque de soupçon ou de défiance a l'égard de Cortès, lui promit de rester tranquille au milieu des Espagnols, et d'avoir pour Alvarado la même amitié qu'il avait pour Cortès lui-même. Le général, paraissant se confier a cette promesse, mais comptant bien plus sur les ordres qu'il laissait à Alvarado de garder son prisonnier avec la plus grande vigilance, partit de Mexico.
Ses troupes, après leur jonction avec Sandoval et la