‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les EspagnolsChapitre 124 sur 187 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

nombre. Ses soldats , convaincus qu'il ne leur restait de ressource que dans quelque effort extraordinaire de courage, approuvèrent sa résolution avec tant de chaleur, que Cortès, dans un discours qu'il leur fit avant de se mettre en marche, fut plus occupé de modérer leur ardeur que de l'enflammer. Il forma trois petits corps , et donna le commandement du premier k Sandoval, qui eut la commission aussi périlleuse qu'importante de s'emparer de l'artillerie , placée au-devant de la principale tour du temple où Narvaès avait établi son quartier. Christoval d'Olid, qui commandait la seconde division , fut chargé d'attaquer la tour et de soutenir Sandoval. Cortès conduisait la troisième division, qui était la moins considérable, formant un corps de réserve destiné a se porter aux endroits où l'on aurait besoin de son secours. Il fallut d'abord passer la rivière de Canoas, ce qui ne se fit pas sans difficulté. Elle était grossie par les pluies, et les soldats avaient de l'eau presque jusqu'au cou. On s'avança ensuite dans un profond silence, sans tambour et sans bruit d'aucun instrument militaire ^ chaque homme était armé d'une épée, d'un poignard et d'une pique de Chinantla. Narvaès, dont la négligence était proportionnée a sa confiance, n'avait laissé que deux sentinelles pour veiller sur les mouvements d'un ennemi qu'il avait tant de raisons de craindre. L'une fut saisie par l'avant-garde de Cortès, Tautre s'échappa et arriva a la ville assez à temps pour donner k Narvaès tout le loisir de se préparer k recevoir fennemi. Mais faveuglement et la présomption de ce général lui firent perdre des moments si précieux. Il taxa la sentinelle de lâcheté et traita de chimère l'avis qu'on lui donnait, n'imaginant pas que Cortès put l'attaquer avec des forces si inégales. Les cris des assaillants le

convainquirent enfin que le danger qu'il avait méprisé était réel. La promptitude de l'attaque fut telle que la division de Sandoval, après avoir essuyé un seul coup de canon, s'empara de l'artillerie et commença k s'avancer vers la tour. Narvaès, dont la bravoure égalait la présomption, s'arme en hâte, et, par ses paroles et son exemple, anime ses soldats au combat. Olid s'avance pour soutenir ses compagnons, et Cortès lui-même, gagnant les devants, conduit et presse l'attaque avec une nouvelle vigueur. Ce petit corps, serrant ses rangs et présentant avec ses piques un front impénétrable, renverse tout devant lui. Il eut bientôt gagné les portes et il combattait pour s'en rendre maître, lorsqu'un soldat ayant mis le feu aux roseaux dont la tour était couverte, Narvaès se vit obligé d'en sortir. Au premier choc, il fut blessé a l'œil d'un coup de pique, renversé par terre et mis aux fers.

Des cris de victoire se firent entendre aussitôt. Ceux qui avaient accompagné Narvaès dans sa sortie soutenaient le combat faiblement ou commençaient h se rendre. La terreur et la confusion gagnèrent ceux qui se défendaient encore dans deux petites tours du temple. L'obscurité était si grande qu'ils ne pouvaient distinguer les amis des ennemis. Leur propre artillerie était tournée contre eux. De quelque côté qu'ils jetassent les yeux, les insectes lumineux qui abondent dans les climats chauds et humides, et qui brillaient dans la nuit, paraissaient a leur imagination effrayée comme autant d'ennemis qui s'avançaient avec les mèches de leurs arquebuses allumées. Après une courte résistance, les soldats forcèrent leurs chefs à capituler, et avant le jour tous avaient mis bas les armes et s'étaient soumis k leur vainqueur.

Une victoire si complète était d'autant plus heureuse

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