LIVRE TROISIÈME
avantage de la malheureuse situation où ils voyaient les Espagnols, ils les reçurent avec une tendresse et une cordialité qui dissipèrent promptement toutes les craintes.
Les Espagnols avaient le plus pressant besoin de prendre du repos et de trouver du secours non -seulement pour la guérison de leurs blessures trop longtemps négligées, mais encore pour recouvrer leurs forces épuisées par tant de fatigues et de souffrances. Cortès apprit alors que ses troupes n'étaient pas les seules qui eussent éprouvé le ressentiment des Mexicains. Un détachement considérable, allant de Zempoalla a la capitale, avait été détruit par les peuples de Tepeaca. Un parti moins nombreux, qui retournait de Tlascala à la Vera-Cruz avec la portion de butin tombée en partage à la garnison, avait été surpris et massacré dans les montagnes. Dans un moment où les Espagnols étaient déjà réduits a un si petit nombre, ces perles étaient vivement senties. Cortès en était surtout affecté, parce qu'elles rendaient plus difficile Texéculion des plans qu'il méditait. Les esprits aigris qu'rl avait dans son armée, et même plusieurs des Espagnols qui lui étaient encore attachés, regardaient les désastres qu'il venait d'essuyer comme devant arrêter absolument les [)rogrès de ses armes, et ne croyaient pas qu'il lui restât d'autre parti à prendre que de quitter incessamment un pays dont il avait entrepris la conquête avec des forces insuftisanles^ mais aussi persévérant à exécuter qu'ardent à entreprendre, il demeurait fermement attaché a son premier et grand projet de soumettre l'empire du Mexique à la couronne de Castille. Quelque rude et inattendu que fût l'échec qu'il venait de recevoir, il n'y voyait pas un motif suffisant pour abandonner les
conquêtes qu'il avait déjà faites et pour renoncer k reprendre ses opérations avec des espérances d'un plus heureux succès. La colonie de la Vera-Cruz n'avait pas été entamée, ni même attaquée. Les peuples de Zempoalla et des districts voisins n'avaient laissé apercevoir aucune disposition k se détacher de lui. Les Tlascalans lui demeuraient fidèles. 11 pouvait espérer de puissants secours de ce peuple, ennemi implacable des Mexicains, et dont l'esprit guerrier pouvait être mis aisément en activité. Il avait encore sous ses ordres un corps d'Espagnols aussi nombreux que celui avec lequel il s'était ouvert un chemin jusqu'au centre de l'empire, et s'était rendu maître de la capitale-, enfin, avec les avantages que lui donnait une plus grande expérience et une plus parfaite connaissance du pays, il ne désespérait pas de recouvrer promptement tout ce qu'il venait de perdre par des événements malheureux.
Plein de ces idées , il montra aux chefs des Tlascalans tant d'égards, et répandit entre eux si libéralement le riche butin d'Otumba , qu'il fut bientôt sûr d'obtenir de la république tout ce qu'il demanderait. Il tira de ses magasins de la Vera-Cruz quelques munitions et deux ou trois pièces de campagne. 11 dépêcha un officier de confiance avec quatre vaisseaux de la flotte de Narvaès , à Hispaniola et a la Jamaïque pour engager de nouveaux aventuriers k venir le joindre et pour y acheter des chevaux, de la poudre et d'autres munitions de guerre. Enfin , comme il était convaincu qu'il tenterait inutilement de soumettre et de garder Mexico s'il ne se rendait maître du lac, il donna ordre de préparer dans les montagnes de Tlascala des bois pour la construction de douze brigantins qui pussent êtr^ portés sur les bords du lac