‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les EspagnolsChapitre 135 sur 187 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

armés de mousquets ou d'arquebuses, et de quarante cavaliers. Il avait avec cela neuf pièces de canon de campagne. A la tête de cette petite armée et de dix mille Tlascalans et autres Indiens, il commença sa marche vers Mexico le 28 décembre, six mois après la fatale retraite a laquelle les Mexicains l'avaient forcé.

L'ennemi se préparait de son côté à le recevoir. Après la mort de Montézuma, les principaux Mexicains, à qui appartenait le droit d'élire un empereur, avaient élevé au trône son frère, Quellavaca. Sa haine connue et invétérée pour les Espagnols eût été un titre suffisant auprès d'eux, quand même il eût été moins digne de leur choix par son courage et ses grandes qualités. Il eut immédiatement après son élection une occasion de montrer ses talents en dirigeant en personne les vives attaques qui avaient forcé les Espagnols a abandonner la capitale. Dès que leur retraite lui donna le temps de respirer, il prit des mesures pour prévenir leur retour a Mexico avec autant de prudence qu'il en avait mis a les en chasser. La proximité de Tlascala lui donnait la facilité d'être instruit des mouvements et des intentions de Certes. 11 vit l'orage qui se formait et se prépara de bonne heure h le repousser. Il répara les parties de la ville que les Espagnols avaient détruites, et y ajouta de nouvelles fortifications, telles que l'art des Mexicains était capable de les élever. Après avoir rempli ses magasins des armes en usage parmi les Indiens, il fit faire de longues piques, armées des épées et des poignards pris sur les Espagnols, dans le dessein de les employer contre la cavalerie. Il exhorta les peuples de toutes les provinces k prendre les armes contre leurs oppresseurs; et, pour les encourager a une vigoureuse résistance, il leur promit

Texemplion de toutes les taxes que ses prédécesseurs avaient imposées.

Mais le principal objet de son attention fut d'enlever aux Espagnols les avantages qu'ils retiraient de Tamitié des Tlascalans. Il tâcha d'engager ces peuples a renoncer a toute liaison avec des hommes ennemis déclarés des dieux des Indiens, et qui ne manqueraient pas de les soumettre eux-mêmes au joug qu'on les aidait si imprudemment a imposer au reste de la nation. Ces raisons étaient si frappantes et elles furent présentées avec tant de force, que Cortès eut besoin de toute son adresse pour effacer les impressions qu'elles avaient faites sur les chefs des Tlascalans.

Mais tandis que Quetlavaca préparait sa défense avec une prévoyance rare dans un Américain, il fut emporté par la petite vérole. Cette maladie, qui venait de se montrer dans la Nouvelle-Espagne avec toute sa malignité, était inconnue en Amérique avant que les Européens y eussent pénétré, et doit être regardée comme une des plus grandes calamités que l'ancien monde ait répandues sur le nouveau. Les Mexicains élevèrent au trône Guatimosin, neveu et gendre de Montézuma, jeune homme d'une si grande réputation pour les talents et la valeur, qu'il fut choisi tout d'une voix dans la circonstance critique où l'empire se trouvait.

Cortès, à son entrée sur les terres de l'ennemi, trouva partout des dispositions faites pour arrêter ses progrès. Mais ses troupes surmontèrent facilement ces obstacles et s'emparèrent de Tezecco, la seconde ville de l'empire, située sur les bords du lac, a environ vingt milles de Mexico. C'est la qu'il établit son principal quartier, tant parce qu'il était le lieu le plus propre a mettre à l'eau ses

Page 1