‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les EspagnolsChapitre 14 sur 187 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

vertes par terre, et ouvrit même a la navigation des mers nouvelles et inconnues. Avant les conquêtes des Romains, les nations civilisées de Tantiquité n'avaient aucune communication avec les pays qui forment aujourd'hui les royaumes les plus riches et les plus puissants de FEurope. Les parties intérieures de l'Espagne et des Gaules étaient peu connues; l'Angleterre, séparée du reste du monde, n'avait jamais été visitée que par ses voisins les Gaulois et par quelques négociants carthaginois; à peine avait-on entendu parler de la Germanie. Les armes des Romains pénétrèrent dans tous ces pays; ils subjuguèrent entièrement l'Espagne et la Gaule; ils conquirent la partie la plus considérable et la plus fertile de TAngleterre; ils s'avancèrent dans la Germanie jusqu'aux bords de l'Elbe. En Afrique ils acquirent une connaissance assez exacte des provinces qui s'étendent le long de la Méditerranée , depuis Touest de TÉgypte jusqu'au détroit de Gadès. En Asie, non-seulement ils soumirent a leur domination la plupart des provinces qui composaient les empires de Perse et de Macédoine ; mais même après leurs victoires sur Mithridate et sur Tigrane, ils paraissent avoir observé les pays contigus au Pont-Euxin et à la mer Caspienne , avec plus d'attention qu'ils ne l'avaient fait auparavant , et y avoir établi un commerce plus étendu que celui des Grecs , avec les nations riches et commerçantes situées alors autour du Pont-Euxin.

L'esquisse que je viens de tracer du progrès des découvertes et de la navigation, depuis les premières traditions que nous a laissées l'histoire jusqu'à l'entier établissement de la puissance romaine , prouve combien il a été lent et timide. 11 semble qu on avait droit d'attendre de plus grandes choses de l'activité entreprenante de l'esprit

humain, et de la puissance des grands empires qui ont successivement gouverné le monde. Si nous rejetons toutes les traditions fabuleuses et obscures, si nous nous attachons uniquement a la lumière et aux faits authentiques de rhistoire , il faut donc conclure que les anciens n'avaient qu'une connaissance très-bornée du monde habitable. En Europe ils avaient a peine quelque idée des provinces étendues situées a Test de FAllemagne ; ils connaissaient encore moins les vastes pays qui composent aujourd'hui les royaumes de Danemark, de Suède, de Prusse, de Pologne et l'empire de Russie. Les régions plus stériles, situées sous le cercle arctique, n'avaient jamais été visitées. En Afrique leurs recherches ne s'étendaient guère au delà des provinces qui bordent la Méditerranée et de celles qui sont situées sur la côte occidentale du golfe Arabique. En Asie ils n'avaient, comme je l'ai déjà observé , aucune connaissance des riches et fertiles contrées qui sont au delà du Gange et d'où viennent les denrées précieuses qui dans les temps modernes ont été le grand objet du commerce des Européens dans rinde ^ il ne paraît pas non plus qu'ils aient jamais pénétré dans ces régions immenses, occupées alors par ces tribus errantes, connues sous le nom général de Sarmates ou de Scythes , et possédées aujourd'hui par différentes nations tar tares et par les sujets asiatiques de la Russie.

Une opinion généralement établie parmi les anciens nous donne une idée plus frappante du peu de progrès qu'ils avaient fait dans la connaissance du globe habitable, que tout ce qu'on pourrait conclure du détail de leurs découvertes. Ils regardaient la terre comme divisée en cinq régions, auxquelles ils donnaient le nom de zones. Ils appelaient zones glacées celles qui étaient les plus voisines

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