LIVRE PREMIER
des pôles , et croyaient que le froid excessif qui y régnait continuellement les rendait inhabitables. Ils appelaient zone torride celle qui est située sous la ligne , et qui s'étend d'un et d'autre côté sous les tropiques , la croyant continuellement embrasée d'une chaleur brûlante qui la rendait également inhabitée. Ils donnaient le nom de tempérées aux deux autres zones qui occupaient le reste de la terre, et prétendaient que celles-ci , étant les seules régions où les êtres vivants pussent subsister, avaient été destinées pour être l'habitation naturelle de l'homme. Cette étrange opinion n'était pas un préjugé du vulgaire ignorant ou une vaine fiction des poètes- c'était un système adopté par les philosophes les plus éclairés , les meilleurs historiens et les géographes les plus instruits de la Grèce et de Rome. Dans cette hypothèse il y avait une grande partie de la terre habitée où l'on croyait que l'espèce humaine ne pouvait pas subsister : on regardait comme le siège éternel de la stérilité et de la solitude les régions fertiles et peuplées de la zone torride , qui nonseulement fournissent a leurs habitants avec la plus grande profusion les choses nécessaires et agréables de la vie, mais encore communiquent au reste de la terre le superflu de leurs richesses. Comme toutes les parties du globe que les anciens avaient découvertes se trouvent dans la zone tempérée septentrionale , s'ils croyaient que la zone tempérée du sud était habitée, c'était une opinion fondée sur les raisonnements et les conjectures, non sur l'observation. Ils regardaient même la chaleur intolérable de la zone torride comme une barrière insurmontable, <iui empêcherait a jamais toute communication entre les habitants respectifs des deux zones tempérées. Cette extravagante théorie prouve non-seulement que les anciens
ignoraient le véritable état du globe , mais elle tendait encore a rendre leur ignorance perpétuelle , en leur représentant comme impraticable toute tentative pour s'ouvrir une route vers les régions de la terre éloignées d'eux.
Mais quelque bornées et imparfaites que les connaissances géographiques des Grecs et des Romains doivent nous paraître , comparées a l'état actuel de nos connaissances en géographie, nous ne pouvons pas nous dispenser d'admirer les découvertes qu'ils ont faites et le degré d'étendue auquel ils ont porté la navigation et le commerce, en nous rappelant surtout quelle était l'ignorance des temps anciens. Tant que l'empire romain conservera assez de force pour maintenir son autorité sur les nations conquises et pour les tenir unies , on regarda comme un objet de police publique aussi bien que de curiosité particulière , d'examiner et de décrire les pays divers dont ce grand corps était composé. Lors même que les autres sciences commencèrent a être négligées, la géographie s'enrichissait d'observations nouvelles, et, s'éclairant par l'expérience de chaque siècle et les observations de chaque voyageur , continuait a faire des progrès-, elle fut portée , par le génie et les soins de Ptolémée , au plus haut point d'exactitude et de perfection qu'elle ait atteint chez les anciens. Ce philosophe llorissait dans le second siècle de l'ère chrétienne, et il a publié une description du globe terrestre , plus ample et plus correcte que celle d'aucun de ses prédécesseurs.
Ce fut peu de temps après cette époque que des secousses violentes commencèrent a agiter l'empire romain : Constantin, qui voulut changer le siège du gouvernement, diminua ta force en la divisant : les nations barbares, que