‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les EspagnolsChapitre 142 sur 187 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

toutes les provisions qui pouvaient leur venir par eau. Le grand nombre des Indiens auxiliaires fermait toutes les avenues de la ville par terre. Les magasins formés par Guatimosin étaient épuisés par le nombre d'hommes réunis dans la capitale pour défendre leur souverain el les temples de leurs dieux. Non-seulement le peuple, mais les premiers des citoyens étaient réduits aux plus cruelles extrémités. Les maladies mortelles et contagieuses, la dernière des calamités qu'éprouvent les villes assiégées, comblaient enfin la mesure de leurs maux.

Le courage de Guatimosin se soutenait cependant au milieu de tant de malheurs, et son âme demeurait ferme. Il rejetait avec mépris toutes les ouvertures de paix que lui faisait faire Cortès et ne pouvait supporter Tidée de se soumettre aux oppresseurs de son pays, déterminé à ne pas survivre a sa ruine. Les Espagnols avançaient toujours. Enfin, les trois divisioïis a la fois pénétrèrent jusqu'à la grande place qui était au milieu de la ville et s'y logèrent. Les trois quarts de la ville se trouvaient en leur puissance^ le reste était si pressé que les Mexicains désespérèrent de pouvoir résister à des ennemis qui les attaqueraient désormais avec plus d'avantages encore et plus de moyens de succès. Les nobles, empressés de sauver la vie d'un monarque qu'ils respectaient, obtinrent de Guatimosin qu'il quitterait une ville qu'on ne pouvait plus défendre, et qu'il se retirerait dans les provinces éloignées de l'empire, où il pourrait encore exciter les peuples à la défense commune et combattre avec moins de désavantage. Pour faciliter l'exécution de ce projet, ils tâchèrent d'amuser Cortès par des propositions de paix, afin que Guatimosin put s'échapper pendant le cours de la négociation. Mais Cortès avait trop de dis-

cernement et de sagacité pour se laisser tromper par leurs artifices. Il soupçonna leur dessein, et persuadé qu'il lui était très-important d'en empêcher Texéculion, il avait confié a Sandoval, sur la vigilance duquel il pouvait le plus compter, le commandement des brigantins, avec ordre de veiller sur les moindres mouvements de Tennemi. Sandoval, attentif a exécuter ces ordres, observant quelques grands canots remplis dlndiens qui traversaient le lac avec une extrême rapidité, donna le signal de la chasse 5 Garcia Holguin, qui commandait le brigantin le plus léger, les ayant bientôt atteints, était prêta faire feu sur le plus avancé qui semblait porter un homme auquel le reste obéissait. A Tinstant les rameurs élevèrent leurs rames, et tous ceux qui étaient dans le canot, renonçant a faire aucune résistance, le conjurèrent avec des pleurs et des cris d'arrêter ses gens, parce que Tempereur était parmi eux. Holguin se saisit sur-lechamp de sa proie. Guatimosin, se remettant entre ses mains, le pria avec dignité d'épargner les insultes a sa femme et a ses enfants. Le malheureux prince conduit devant Cortès ne montra ni la férocité sombre d'un barbare, ni l'abattement d'un suppliant. J'ai rempli, dit-il à l'Espagnol, le devoir d'un roi ; f ai défendu m.on peup'e jusqu'à la dernière extrémité. Il ne me reste qu*à mourir. Prends ce poignard, continua- t-il en mettant la main sur celui de Cortès, enfonce-le dans mon sein, et termine une vie qui ne peut être utile.

Aussitôt que le sort du monarque fut connu, la résistance des Mexicains cessa, et Cortès prit possession de la partie de la capitale qui n'était pas encore détruite. Ainsi fut terminé le siège de Mexico, le plus mémorable événement de la conquête de l'Amérique. Il avait duré

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