LIVRE QUATRIEME
faible pour les alarmer , et qu'ils croyaient pouvoir arrêter facilement dès qu'ils en auraient le loisir.
Ce concours de circonstances laissa a Pizarre la facilité de pousser ses opérations presque sans obstacles et d'arriver jusqu'au centre de l'empire avant qu'on eût fait un seul effort pour l'arrêter dans sa marche. Les Espagnols, en s'avançant, apprirent quelque chose de la division qui partageait le royaume^ mais ils n'en furent bien instruits que par des envoyés d'Huascar a Pizarre, a qui ce prince demanda du secours contre Atahualpa, comme contre un rebelle et un usurpateur. Pizarre comprit d'abord l'importance de cette ouverture , et prévit si nettement tous les avantages qu'il pouvait retirer de la guerre civile qui divisait le royaume, que, sans attendre le renfort qui lui arrivait de Panama, il se détermina a s'avancer pendant qU"e la discorde intérieure mettait les Péruviens dans l'impossibilité de l'attaquer avec toutes leurs forces, espérant lui-même qu'en prenant la défense de l'un des compétiteurs selon les circonstances, il pourrait plus aisément les opprimer tous les deux.
Comme il était obligé de partager ses troupes et de laisser k Saint-Michel une garnison suffisante pour défendre cette place, qui devait lui servir de retraite en cas d'événement et de port où il pût recevoir les secours qu'il attendait de Panama, il commença sa marche avec une troupe peu considérable et en assez mauvais état. Elle consistait en soixante-deux cavaliers et cent deux fantassins, dont vingt étaient armés d'arquebuses et trois de mousquets. Il dirigea sa route sur Caxamalca , petite ville à douze journées de distance de Saint-Michel , et où Atahualpa était campé avec une grande partie de ses troupes. Il n avait fait encore que peu de chemin, lors-