I II
qu'un officier, dépêché par Tlnca, vint a sa rencontre avec un riche présent de ce prince qui lui offrait son amitié, et le faisait assurer qu'il serait bien reçu a Caxamalca. Pizarre, employant Tartifice déjà mis en usage par ses compatriotes en Amérique , se donna pour Tambassadeur d'un prince puissant, et déclara qu'il s'avançait avec l'intention d'offrir a Atahualpa son secours contre les ennemis qui lui disputaient le trône.
Les Péruviens, ne pouvant se faire aucune idée du véritable objet que les Espagnols avaient en vue en entrant dans leur pays, s'épuisaient en conjectures. Devaient-ils regarder ces étrangers comme des êtres d'une nature supérieure, qui venaient a eux pour leur faire du bien ou pour punir leurs crimes, ou bien comme des ennemis de leur repos et de leur liberté.^ Les protestalions des Espagnols, qui ne cessaient de dire qu'ils étaient venus apporter aux Péruviens la connaissance de la vérité et les conduire dans le chemin du bonheur , donnaient quelque vraisemblance a leur première opinion; mais ils étaient rejetés dans la seconde par les violences, la rapacité et la cruauté de ces terribles hôtes. Dans cette incertitude, la déclaration que Pizarre fit de ses intentions pacifiques dissipa les craintes de l'Inca, et le détermina a recevoir les Espagnols en amis. En conséquence, on les laissa traverser paisiblement un désert sablonneux entre Saint-Michel et Motupé, où le plus petit effort d'un ennemi , joint a la détresse où ils se trouvaient en traversant un si mauvais pays , leur aurait été fatal. De Motupé, ils s'avancèrent vers les montagnes qui environnent la partie basse du Pérou, et passèrent par un défilé si étroit et si inaccessible qu'un petit nombre d'hommes aurait pu le défendre contre une ar-