LIVRE QUATRIÈME
nistration intérieure , mais presque brisé tous les ressorts du gouvernement. Lorsque les Péruviens virent leur monarque au pouvoir des étrangers et périssant enfln d'une mort honteuse , le peuple de différentes provinces s'abandonna aux plus grands excès, se regardant comme affranchi désormais de toute la contrainte des lois et des mœurs. Atahualpa avait fait périr un si grand nombre de descendants du soleil et les avait traités avec tant d'indignité que leur ascendant sur les peuples était fort affaibli , et le respect qu'on avait pour cette race sainte sensiblement diminué. Encouragés par ces circonstances, des hommes ambitieux s'élevèrent en différentes parties de l'empire et aspirèrent au pouvoir suprême sans être de la race des Jncas. Le général qui commandait pour Atahualpa dans Quito saisit les enfants de son maître, les fit mourir dans les supplices, et, rejetant toute liaison avec l'un et l'autre Inca , se forma pour lui-même un royaume séparé.
Les Espagnols virent avec plaisir la discorde s'établir parmi les Péruviens et la vigueur du gouvernement se relâcher. Ils considérèrent ces désordres comme les avantcoureurs de la dissolution prochaine de l'État. Pizarre n'hésita plus a s'avancer vers Cuzco. Il avait reçu des renforts si considérables, qu'il pouvait désormais sans danger pénétrer dans Tintérieur du pays. Le partage des trésors de Caxamalca avait produit les effets qu'il avait prévus. Dès que son frère Ferdinand et les officiers et soldats à qui il avait permis de quitter le service, en emportant leur part du butin, furent arrivés a Panama et eurent étalé aux yeux de leurs compatriotes étonnés les trésors qu'ils apportaient, la renommée de leurs victoires et de leurs richesses se répandit dans tous les établisser
ments espagnols de la côte du sud et y produisit un si grand effet, que les gouverneurs de Gualimala, de Panama et de Nicaragua eurent beaucoup de peine a retenir les Espagnols de leurs districts, qui voulaient tous abandonner leurs possessions pour se porter en foule a cette source inépuisable de richesses qui venait de s'ouvrir au Pérou. Malgré toutes les défenses, il arriva k Pizarre un grand nombre d'aventuriers, de sorte qu'en se mettant en marche pour Cuzco , il se trouva à la tète de cinq cents hommes, après avoir laissé k Saint-Michel une garnison considérable, sous le commandement de Benalcazar. Les Péruviens avaient assemblé plusieurs gros corps de troupes pour s'opposer a ses progrès. On livra plusieurs combats qui se terminaient comme toutes les actions entre les Européens et les Américains : il y avait un petit nombre d'Espagnols tués ou blessés , et les Américains étaient mis en fuite a chaque fois avec un grand carnage. A la fin Pizarre entra dans Cuzco et en prit possession. Les trésors qu'on y trouva, reste de ce que les Péruviens avaient détourné ou caché, soit pour sauver leurs temples du pillage qui les aurait profanés, soit en haine de leurs avides vainqueurs, excédèrent de beaucoup la rançon d'Atahualpa. Mais comme les Espagnols étaient déjà familiarisés avec la richesse du pays, et que le butin était partagé entre un plus grand nombre d'aventuriers, ce partage , malgré la part considérable qui fut distribuée k chacun, n'excita pas le même étonnement que le premier. Pendant cette marche k Cuzco, le fils d'Atahualpa, que Pizarre traitait comme Inca, mourut 5 et comme les Espagnols ne lui substituèrent personne, les droits de Manco-Capac au trône parurent être alors universellement reconnus. /