‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les EspagnolsChapitre 171 sur 187 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

Tandis que les troupes de Pizarre étaient ainsi occupées, Benalcazar, gouverneur de Saint-Michel, habile et brave officier, rougissait de son inaction et brûlait de se signaler parmi les conquérants du Nouveau-Monde. Un corps de troupes fraîches , arrivé fort a propos de Panama et de Nicaragua, le mit en état de satisfaire sa passion pour les entreprises. Après avoir laissé des forces suffisantes pour la sûreté de rétablissement confié k ses soins, il se mit à la tête du reste et partit pour soumettre Quito, où, selon le rapport des Péruviens , Atahualpa avait laissé la plus grande partie de ses trésors. Il y avait une grande distance de Saint-Michel à cette ville, et la marche était pénible dans un pays de montagnes couvertes de bois 5 il fut souvent et vivement attaqué par les meilleures troupes du Pérou, conduites par un chef habile. Sa valeur, sa bonne conduite et sa constance surmontèrent tous les obstacles , et il entra victorieux dans Quito. Mais il éprouva une grande mortification. Les habitants, connaissant par leurs malheurs mêmes la passion dominante de leurs ennemis et le moyen de la tromper, avaient emporté toutes les richesses qui attiraient les Espagnols, et qui leur avaient fait entreprendre celte périlleuse expédition , supporter tant de fatigues et braver tant de dangers.

Benalcazar ne fut pas le seul capitaine espagnol qui attaqua le royaume de Quito. La renommée des grandes richesses qui s'y trouvaient y attira un ennemi plus puissant. Pierre d'Alvarado, qui s'était si fort distingué dans la conquête du Mexique, ayant obtenu le gouvernement de Guatimala pour récompense de sa valeur, s'ennuya bientôt d'une vie uniforme et tranquille, et sentit le besoin de se rejeter dans l'activité de la vie militaire. La

gloire et les richesses acquises par les conquérants du Pérou exaltèrent en lui cette passion et en déterminèrent l'objet. Croyant ou feignant de croire que le royaume de Quito était hors des limites du gouvernement de Pizarre, îl résolut de Fenvahir. Sa grande réputation lui attira de tous côtés des volontaires. Il s'embarqua avec cinq cents hommes, dont plus de deux cents étaient des gentilshommes servant a cheval. 11 débarqua à Puerto- Yiejo, et connaissant très-imparfaitement le pays, il entreprit sans guide de marcher directement a Quito, en suivant le cours de la rivière Guayaquil et en traversant les Andes vers sa source. Dans cette route, une des moins praticables de l'Amérique , ses troupes furent si excédées de fatigue en s'ouvrant des chemins au travers des forêts et des marais dans les terrains bas, et souffrirent tellement de la riguem^ du froid sur les hauteurs des montagnes, qu'avant d'arriver a la plaine de Quito il avait péri un cinquième des Espagnols et la moitié des chevaux; le reste était découragé et hors d'état de servir. Dans cet état, ils virent venir a leur rencontre un corps de troupes non pas américaines mais espagnoles , qui parurent disposées a les attaquer. Pizarre, ayant été instruit de l'armement d'Alvarado, avait envoyé Almagro k la tète d'un détachement pour s'opposer a son invasion. Benalcazar victorieux s'était réuni à Almagro. Alvarado, quoique surpris k la vue d'ennemis qu'il n'attendait pas, allait les charger courageusement , lorsque quelques ofliciers plus modérés proposèrent et firent agréer un accommodement qui retarda de quelques années le moment fatal où les Espagnols devaient suspendre leurs conquêtes pour tremper leurs mains dans le sang de leurs compatriotes. Alvarado s'engagea k retourner dans son gouvernement a con-

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