LIVRE QUATRIÈME
pas encore satisfaite. Les officiers que Ferdinand Pizarre avait mis a la tête de différents détachements avaient pénétré dans plusieurs provinces. Ils souffrirent beaucoup, les uns dans les régions stériles et froides des Andes, les autres dans les bois , les marais et les plaines ^ mais ils firent des découvertes qui étendirent les connaissances et la domination des Espagnols. Pierre de Valdivia reprit le projet d'Almagro sur le Chili -, et malgré le courage des naturels du pays, il fit de si grands progrès, qu'il fonda la ville de Sant-lago , le premier établissement espagnol dans cette province. Mais de toutes les expéditions faites vers ce temps-là , celle de Gonzalès Pizarre est la plus mémorable. Le gouverneur, ne voulant souffrir dans aucune place importante au Pérou personne que ses frères et lui , avait ôté a Benalcasar, le même qui avait conquis Quito, le gouvernement de ce royaume pour en revêtir son frère Gonzalès. Il chargea celui-ci de tenter la découverte et la conquête des pays situés à Test des Andes, que les Indiens disaient être abondants en cannelle et autres épices recherchées. Gonzalès , aussi courageux et aussi ambitieux qne ses frères, entreprit avec zèle cette périlleuse expédition. Il partit de Quito a la tête de trois cent quarante soldats , dont près de la moitié étaient à cheval , avec quatre mille Indiens pour porter leurs provisions. Dans cette route , qu'il fallait s'ouvrir au travers des montagnes, les malheureux Indiens périrent presque tous par l'excès du froid et de la fatigue auxquels ils n'étaient pas accoutumés. Les Espagnols , quoique plus robustes et plus capables de soutenir la différence des climats, souffrirent infiniment, et perdirent quelques hommes ^ mais lorsqu'ils furent descendus dans le plat pays, leurs souffrances augmentèrent. Ils essuyèrent deux
mois (le plaies continuelles qui ne leur laissaient pas assez d'intervalle pour sécher leurs habits. Les plaines immenses qu'ils traversaient, entièrement dépourvues d'habilants ou occupées par les peuplades les plus barbares et les moins industrieuses du Nouveau-iMonde, leur fournissaient fort peu de subsistance. Ils étaient obligés de se faire un chemin dans les marais ou de l'ouvrir dans les bois en coupant les arbres. Des travaux si continus et le défaut de nourriture auraient épuisé la constance de toute espèce de troupes^ mais le courage et la persévérance des Espagnols du seizième siècle étaient à l'épreuve de tout. Toujours séduits par les fausses relations qu'on leur faisait de la richesse des pays quils allaient chercher, ils persistèrent jusqu'à ce qu'ils eussent atteint les bords du Coca ou Napo , une des grandes rivières qui se jettent dans le Maragnon. Là , ils construisirent avec beaucoup de peine une barque qu'ils comptaient devoir leur être d'une grande u ilité pour leur faire passer les rivières, leur procurer des provisions et reconnaître le pays. Elle fut montée par cinquante soldats, sous le commandement de François Orellana , le premier officier de la troupe après Pizarre. Le cours du fleuve les emporta avec une si grande rapidité, qu'ils devancèrent bientôt leurs compagnons, qui les suivaient par terre avec beaucoup de lenteur et de difficulté.
Eloigné de son commandant , Orellana , jeune homme ambitieux , commença a se regarder comme indépendant-, et transporté de la pass'on dominante dans ce siècle, il forma le projet de se distinguer lui-même par quelque découverte en suisaut le cours du Maragnon jusqu'à rOcéan et en reconnaissant les vastes pays que ce fleuve arrose. Orellana fut sans doute coupable en déso-