LIVRE DEUXIEME
Découverte de l'Amérique par Christophe Colomb.
Parmi les étrangers que le bruit des découvertes faites par les Portugais avait attirés au service de cette nation se trouvait Christophe Colomb, sujet de la république de Gènes. On ne connaît point avec certitude le temps ni le lieu de sa naissance; on sait seulement qu'il était d'une famille honnête, réduite à Findigence par quelques événements malheureux. Ses parents ayant embrassé pour vivre la profession de marins, Colomb laissa entrevoir des sa première jeunesse les talents et le caractère qui peuvent distinguer un homme de cet état. Au lieu de combattre les inclinations du jeune Colomb, ils les développèrent et les encouragèrent par l'éducation. Après lui avoir fait acquérir quelque connaissance de la langue latine, la seule qui fut alors employée à l'enseignement, on lui fit apprendre la géométrie, la cosmographie, l'astronomie et le dessin. La liaison de ces sciences avec l'art de la navigation , son objet favori , excitant son ardeur et son application, il y fit des progrès rapides. Avec de si heureuses dispositions, il entra a quatorze ans dans la carrière qui devait le conduire à tant de gloire. Ses premiers voyages furent aux ports de la Méditerranée que fréquentaient ses compatriotes les Génois ^ mais cette sphère étant trop étroite pour une âme aussi active que la sienne, il fit une excursion dans les mers du nord et visita les côtes de l'Islande, où la pêche commençait à attirer les Anglais et quelques autres nations. Comme la
navigation tentait alors dans tous les sens des entreprises nouvelles, il s'avança au delà de cette île, la Tliulé des anciens, jusqu'à plusieurs degrés en dedans du cercle polaire. Après avoir satisfait sa curiosité par un voyage qui, en augmentant ses connaissances maritimes, ne servait pas a sa fortune, il s'attacha a un homme de son nom et de sa famille, capitaine de vaisseau, qui jouissait d'une grande réputation. Ce marin conduisait une petite escadre armée a ses frais, et en faisant la course, tantôt contre les Turcs et tantôt contre les Vénitiens, rivaux des Génois dans le commerce, il avait acquis des richesses et de la célébrité. Colomb le suivit dans ses expéditions pendant plusieurs années, en se distinguant autant par son courage comme homme de guerre que par son habileté comme homme de mer. A la fin, dans un combat opiniâtre sur la côte du Portugal avec quelques caravelles vénitiennes qui retournaient richement chargées des Pays-Bas, le vaisseau sur lequel il était prit feu en même temps que le vaisseau ennemi , auquel le sien était fortement attaché par les grappins. Dans une si terrible extrémité, sa présence d'esprit et son intrépidité ne l'abandonnèrent pas. Il se jeta à la mer, se saisit d'une rame flottante, et, aidé de ce secours et de son adresse a nager, il gagna le rivage, éloigné d'environ deux lieues, et sauva une vie réservée a de grandes choses.
Dès qu'il eut recouvré ses forces, il se rendit a Lisbonne, où plusieurs de ses compatriotes étaient établis. Ils conçurent bientôt une opinion si avantageuse de son mérite et de ses talents qu'ils le pressèrent vivement de rester en Portugal, où son habileté dans la navigation ne pouvait manquer de le faire connaître. Le service portugais était alors plus attrayant qu'aucun autre pour tout