LIVRE DEUXIEME
Cependant Colomb , ignorant ce qu'était devenu son IVère et n'ayant plus aucune espérance de la part de l'Espagne. s'était déterminé a aller lui-même en Angleterre. Il se préparait a partir et avait disposé de ses enfants pour le lemi)s de son absence, lorsque Juan Pérez, prieur du couvent de Rabida près de Palos, où les fils de Colomb avaient été élevés, le sollicita vivement de différer son voyage de quelques jours. Ce religieux était très-attaché il Colomb, dont il avait eu plusieurs occasions de connaître les talents et la vertu. Soit par curiosité, soit par amitié, il se livra a un examen suivi de son système, conjointement avec un médecin du voisinage, habile dans les mathématiques. Cet examen les convainquit si pleinement de la solidité des principes d'où partait Colomb et de la probabilité du succès, que Pérez, voulant conservera sa patrie la gloire et les avantages de cette grande entreprise , hasarda d'écrire à Isabelle , la conjurant d'examiner l'aiTaire de nouveau avec l'attention qu'elle méritait.
Isabelle fut frappée des représentations d'un homme (juelle respectait. Elle fil dire a Pérez de se rendre surle-champ au bourg de Santa-Fé, où la cour s'était établie pendant le siège de Grenade , et où elle voulait conférer avec lui sur le sujet important auquel Pérez la rappelait. Le premier ellet de cette entrevue fut une invitation obligeante à Colomb de revenir a la cour et un présent d'une petite somme pour les dépenses de son voyage. On se nattait alors que la guerre avec les Maures serait bientôt heureusement terminée par la prise de Grenade, et que la nation allait être plus en état de s'engager dans de nouvelles entreprises. Cette circonstance, jointe aux marques de bonté que la reine venait de donner à Colonib, cncou-
ragea ses amis à se montrer avec plus de confiance et a favoriser son projet plus ouvertement qu'auparavant. Les principaux de ses protecteurs étaient Alonzo de Quintanilla, contrôleur des finances de Caslille, et Louis Santangel, receveur des revenus ecclésiastiques en Aragon. Leur zèle a seconder cet'e grande entreprise mérite à leur nom une place honorable dans Thistoire. Ils firent connaître Colomb a plusieurs personnes de haut rang qu'ils intéressèrent en sa faveur.
Mais il n'était pas aisé de persuader Ferdinand. Sa froide et défiante prudence lui faisait encore regarder le projet comme extravagant, et pour rendre inutile le zèle des partisans de Colomb, il em[doya dans cette nouvelle négociation quelques-unes des personnes qui avaient déjà prononcé contre lui. Au grand étonnement de ces juges prévenus, Colomb parut devant eux avec la même confiance et aussi peu disposé à se relâcher en rien de ses premières demandes. Il proposait d'armer une petite flotte sous son commandement, et voulait le titre de vice-roi perpétuel et hérédilaire de toutes les mers et de toutes les terres qu'il découvrirait, avec le dixième des profits qu'elles rapporteraient en propriété pour lui et ses descendants. En même temps il offrait d'avancer le huitième de la dépense de l'armement , à condition qu'il aurait une portion proportionnelle dans les bénéfices de l'entreprise. Si elle échouait il ne demandait aucune récompense. Au lieu d'envisager cette conduite comme une forte preuve de la conviction où il était de la vérité de son système, et d'admirer la magnanimité qui, après tant de délais et de refus, lui faisait soutenir ses demandes à la même hauteur, les personnes qui traitaient avec Colomb se mirent a calculer mesquinement les frais de l'ex-