‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les EspagnolsChapitre 55 sur 187 · LIVRE DEUXIÈME. i · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME. i

après une si longue absence, brûlaient du désir de revoir leur pays natal et de raconter a leurs compatriotes les choses étonnantes qu'ils avaient vues. Pressé par toutes ces raisons, Colomb partit enfin le 16 janvier, et, se dirigeant vers le nord-est, il eut bientôt perdu la terre de vue. Il avait a son bord quelques habitants des différentes îles qu'il avait découvertes, et outre Tor qui avait été le principal objet de ses recherches, il rapportait une petite quantité de toutes les productions qui pouvaient devenir la matière de quelque commerce, des oiseaux inconnus et d'autres curiosités naturelles propres à attirer l'attention et a exciter Fétonnement des Européens. Le voyage fut heureux jusqu'au 14? de février, et on avait déjà fait cinq cents lieues sur la mer Atlantique, lorsque des vents violents commencèrent a s'élever et, continuant de s'accroître, devinrent un ouragan terrible. Tout ce que l'expérience et l'habileté de Colomb purent lui fournir de ressources pour sauver les vaisseaux fut employé. Mais il était impossible de résister a la \iolence de la tempête, et, comme on était loin encore de toute terre, leur perte semblait inévitable. Les matelots eurent recours aux prières, à l'invocation des saints, aux vœux, aux charmes mêmes, enfin a tout ce que la religion peut dicter ou la superstition suggérer dans les dangers extrêmes-, tous ces moyens étant sans effet et la perte des Espagnols paraissant inévitable , ils s'abandonnaient au désespoir et s'attendaient a chaque moment a être engloutis par les flots. Outre les passions naturelles qui agiient le cœur de l'homme dans de si terribles situations et lorsque la mort se présente sous les formes les plus effrayantes, Colomb était en proie a des sentiments plus douloureux encore et qui lui étaient particuliers. Il craignait que l'étonnante découverte qu'il

venait de faire ne pérît avec lui et que le genre humain ne fût privé de tous les avantages qui pouvaient en être les fruits. Son nom allait passer a la postérité comme celui d'un aventurier imprudent et trompé , au lieu de vivre dans la mémoire des hommes comme celui de Fauteur de la plus belle entreprise qui eût jamais été conçue. Ces désolantes réflexions étoufl'aient en lui le sentiment même du danger présent. Moins touché de la perte de sa vie qu'occupé de conserver la mémoire des grandes choses qu'il avait tentées et exécutées, il se retira dans sa chambre et écrivit sur du parchemin un récit abrégé de son voyage, de la route qu'il avait suivie, de la situation et de la richesse des pays qu'il avait découverts et de rétablissement de la colonie qu'il y avait laissée. Ayant ensuite enveloppé son écrit d'une toile cirée, il l'enferma d'une espèce de gâteau de cire qu'il mit dans un tonneau bouché avec soin et qu'il jeta a la mer , dans l'espérance que quelque accident heureux conserverait un dépôt si précieux au monde.

Enfin la Providence vint à son secours et sauva une vie réservée a d'autres événements intéressants. Le vent tomba, la mer se calma, et le soir du quinzième jour on découvrît une terre vers laquelle on gouverna sans la connaître. On s'aperçut bientôt que c'était Sainte-Marie, une des Açores ou îles occidentales, soumises a la couronne de Portugal. La, après de grandes difficultés de la part du gouverneur, Colomb se conduisant avec autant de prudence que de courage, obtint des rafraîchissements et tous les secours dont il avait besoin. Une circonstance l'inquiétait cependant beaucoup. La Pinta , qu'il avait vue le premier jour de 1^ tempête, ne paraissait point. Il craignit d'abord qu'elle n'eût été ensevelie dans les eaux

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