‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les EspagnolsChapitre 60 sur 187 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

peu le respect des insulaires pour eux. Les Européens, par leur mauvaise conduite et leurs violences, avaient bientôt laissé voir qulls avaient tous les besoins, toutes les faiblesses et toutes les passions des hommes. Après le départ de Colomb, qui leur en imposait par sa présence et son autorité, la garnison avait secoué toute espèce de subordination, et oubliant les sages instructions de Tamiral , chaque particulier s'était rendu indépendant et s'était abandonné, sans aucun frein, k toutes ses fantaisies. L'or, les provisions des insulaires étaient devenus la proie de ces oppresseurs Ils s'étaient portés en petites troupes dans toule Tile, exerçant partout leur avidité et leur insolence. Ces violences sans prétextes avaient à la fin lassé la patience et excité le courage de ce peuple, malgré sa douceur et sa timidité. Le cacique de Cibao, dont les Espagnols infestaient surtout le territoire, attirés par les mines d'or de ce district, en avait surpris et fait périr plusieurs qui parcouraient Tîle avec autant de sécurité que si les habitants n'eussent eu aucun sujet de se plaindre d'eux. Il avait ensuite assemblé ses sujets, et, ayant investi le fort, il y avait fait mettre le feu. Quelques Espagnols avaient été tués en s'y défendant, le reste avait péri en traversant un bras de mer pour se dérober a Tennemi. Guacanahari, que tous les excès des Espagnols n'avaient pas encore détaché d'eux, avait pris les armes pour les défendre et avait reçu une blessure qui le retenait chez lui.

Ce récit ne mettait pas Guacanahari a couvert de tous les soupçons • mais Colomb vit que ce n'était pas un moment favorable pour rechercher sa conduite avec sévérité. 11 rejeta donc l'avis de plusieurs de ses officiers qm voulaient se saisir de la personne du cacique et venger la

mort des Espagnols en attaquant les insulaires. Il leur fit sentir la nécessité de s'assurer Famitié de quelque prince du pays pour faciliter rétablissement qu'ils projetaient, et leur exposa le danger de soulever contre eux toute Tîle en exerçant une rigueur inutile et déplacée ^ au lieu de perdre le temps a venger les injures passées, il s'occupa des précautions qui pouvaient en prévenir de nouvelles. Dans cette vue , il fit choix d'une situation plus saine et plus commode que celle de la Nativité. Il y traça dans une grande plaine, voisine d'une large baie, le plan d'une ville, et obligeant tous les Espagnols de mettre la main a un ouvrage d où le salut commun dépendait, les maisons et les remparts furent bientôt en état de les loger et de les mettre en sûreté. Il donna a cette cité naissante, la première que les Européens fondaient dans le Nouveau- Monde, le nom d'Isabelle, en l'honneur de sa protectrice la reine de Castille.

Au milieu de ces travaux si nécessaires, Colomb eut a combattre non-seulement tous les dégoûts et toutes les difficultés qui pouvaient accompagner l'établissement d'une colonie dans un pays inculte, mais, ce qui était plus embarrassant encore, la paresse, l'impatience et l'indocilité de ses gens. Le défaut d'activité, naturel aux Espagnols, semblait s'augmenter par l'influence d'un climat chaud qui les énervait. Plusieurs d'entre eux étaient des gentilshommes, qui, n'ayant jamais soutenu aucun travail de corps, s'étaient engagés dans cette expédition sur les descriptions pompeuses et exagérées de quelquesuns des premiers compagnons de Colomb, ou sur l'idée fausse adoptée par Colomb lui-même, qu'Hispaniola était ou le Cipango de Marco Polo ou TOphir d'où Salomon tirait ces marchandises précieuses qui avaient répandu

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