‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les EspagnolsChapitre 61 sur 187 · LIVRE DEUXIÈME. U · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME. U

dans son royaume de si immenses richesses. Mais lorsqu'au lieu de la moisson d'or qu'ils avaient compté recueillir sans peine, les Espagnols virent que cette brillante perspective s'éloignait, et que, s'ils pouvaient jamais y atteindre, ce ne serait que par des efforts très-lents et par une longue persévérance de travail et d'industrie, la perte de leurs chimériques espérances les jeta dans im abattement voisin du désespoir et les porta ensuite a un mécontentement général. En vain Colomb s'efforçait de ranimer leur courage en leur faisant observer la fertilité du sol et en leur montrant des morceaux d'or qu'on apportait chaque jour des différentes parties de File. Ils n avaient pas assez de patience pour attendre les richesses que la terre ne fournit qu'avec le temps et a des intervalles réglés, et ils regardaient l'or lui-même avec dédain, comme étant en trop petite quantité pour satisfaire leurs désirs. L'esprit de mutinerie devint général , et il se fit une conspiration qui pouvait être fatale à l'amiral et a sa colonie. Heureusement elle fut découverte. Colomb punit quelques-uns des chefs et envoya les autres prisonniers en Espagne. Il y renvoyait en même temps douze des vaisseaux de transport qui l'avaient accompagné et demandait un renfort d'hommes et de nouvelles provisions.

Cependant, pour prévenir l'oisiveté, qui nourrissait le mécontentement des Espagnols en leur laissant le temps de penser au renversement de leurs espérances, il projeta différentes expéditions dans l'intérieur du pays. Il envoya un détachement sous le commandement d'Alonzo d'Ojeda , officier actif et vigilant , pour visiter le district de Cibao, où Ton disait que l'or était en plus grande abondance qu ailleurs. Il soutint lui-même cette expédition

avec une grande partie de ses troupes. Il déploya dans cette occasion tout Tappareil militaire pour frapper l'imagination des insulaires. 11 marcha enseignes déployées, au son d'une musique guerrière, et faisant voltiger un petit corps de cavalerie, tantôt en avant et tantôt a son arrière-garde. Comme c'était la première fois que les habitants du Nouveau-Monde voyaient des chevaux, l'aspect de ces animaux les frappa d'admiration et de terreur, impressions qu'ils reçurent avec d'autant plus de facilité qu'ils n'avaient eux-mêmes aucun animal domestique, ni aucune idée du surcroît de force que l'homme s'était donné en se soumettant le cheval. Ils imaginèrent que le cheval et le cavalier ne formaient qu'un seul corps animé et un être doué de raison , dont les mouvements rapides leur causaient le plus grand étonnement, et dont l'impétuosité et la force leur semblaient irrésistibles. Colomb s'efforçait ainsi d'inspirer aux insulaires une grande crainte des Espagnols, mais il ne négligeait pas de gagner aussi leur confiance et leur amitié. Il se conduisait avec eux, dans toutes les circonstances, avec l'intégrité la plus scrupuleuse et la justice la plus exacte, et il les traitait non-seulement avec humanité, mais avec indulgence. La description que les naturels lui avaient faite de Cibao s'était trouvée vraie. Ce pays montagneux et sans culture roulait l'or dans tous ses ruisseaux, et on y en trouvait des grains dont quelques-uns étaient d'une grosseur considérable. Les Indiens n'avaient jamais ouvert une seule mine pour en tirer ce métal. Pénétrer dans les entrailles de la terre et purifier la mine étaient des opérations au-dessus de leur industrie, et ils ne faisaient pas assez de cas de l'or pour employer tous les efforts de leur industrie et de leur esprit a se le procurer en plus grande

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